Les Centuries du mage Nostradamus, un chemin vers le trésor des Templiers ?  2e partie

 

La Croix et le Croissant, monastère de Sainte-Catherine au Mont Sinaï 

chen frappe

"Tant attendu ne reviendra jamais
Dedans l'Europe, en Asie apparoistra,
Un de la ligue yssu du grand Hermes,
Et sur tous Roys des Orients croistra. " ( X, 75)

 

"Prisci Vates", Nostradamus un mage initié ?

 

Laurens Vidal, dans sa Déclaration des abus et sédition de Michel Nostradamus (1558), accuse Nostradamus de déconsidérer l’astrologie par son recours à la magie. "Tu as écrit publiquement que tu veux accorder l’occulte philosophie à l’astrologie"1

 

Michel de Nostredame aurait écrit cette phrase dans sa pronostication de 1555. Il est indéniable que les références de Nostradamus ne sont pas neutres et sont sujettes à investigation. De Occulta Philosophia est un ouvrage de l’Allemand Henri Cornélius Agrippa (1486-1535). on lit dans ce traité: "que les anciens Sages, que le Christ lui-même, s’ingéniaient, au moyen d’énigmes et d’allégories, à camoufler à la foule ignorante de profonds secrets dont la révélation n’était réservée qu’à une élite d’initiés, au terme d’une longue ascèse." 2 "N’était réservée qu’à une élite d’initiés", c’est écrit noir sur blanc.

 

L’intérêt qu’Agrippa portait aux sciences occultes date de l’époque de ses études dans sa ville natale de Cologne3. C’est dans ses jeunes années de formation qu’il étudia le Speculum, oeuvre d’un de ses illustres compatriotes qui professa à Cologne, le théologien Albert le Grand (1200-1280). C’est donc à partir de Cologne, siège de la confrérie des Rois Mages, que va se diffuser la propagande de l’occulte philosophie.

 

rois mages

 

Cornélius Agrippa dédicacera son ouvrage De Occulta Philosophia à son protecteur Hermann von Wied 4, archevêque de Cologne (1515-1547), grâce à qui l’oeuvre fut éditée à Cologne en 1533. Henri Cornélius Agrippa n’est pas le seul en Allemagne à être soupçonné de faire partie de la société secrète de la confrérie des Rois Mages. Il y a aussi Johannes Reuchlin (1455-1522) qui dédicace son ouvrage De arte cabalistica publié en 1517 au pape Léon X, c’est-à-dire Jean de Médicis.

 

Jean de Médicis, pape Léon X, 1513-1521

 

Dans sa dédicace au pape, Johannes Reuchlin évoque son initiation aux sciences occultes dans la patrie des Médicis à Florence auprès de condisciples comme Jean Pic de la Mirandole (1463-1494)5. Parmi les plus éminents membres de la confrérie des Rois Mages, il faut citer le florentin Marsile Ficin (1433-1499) qui est représenté aux côtés des Médicis sur les fresques de la chapelle privée des Rois Mages dans le palais des Médicis à Florence. 

 

Marsile Ficin; fresque des rois mages; Benozzo Gozzoli; 1459-1462; Florence; Italie

 

Pour Marsile Ficin, les mages représentent un maillon considérable dans la chaîne de sa Prisca Theologia puisqu’ils sont les héritiers d’une sagesse ancestrale, transmise de génération en génération et qui commence d’après Marsile Ficin avec Hermès Trismégiste. La Prisca Theologia est l’idée que les auteurs païen, avant même la "révélation" du christianisme, ont tout de même su toucher à certaines vérités depuis confirmées par le christianisme6.

 

Nostradamus écrira à propos de Jules César Scaliger, qu’il considérait comme son maître et son initiateur: "Jules César Scaliger, homme savant et docte, un second Marsile Ficin en philosophie platonique"7.

 

En 1580, Jean Bodin publiera un ouvrage De la Démonomanie des sorciers qui met en cause directement l’allemand Cornélius Agrippa qu'il accuse d'être "le plus grand sorcier du monde"8. Jean Bodin, c’est l’esprit de la Contre-Réforme qui va chasser au sein de l’Église catholique tous ces humanistes dévoyés qui se plongent sans vergogne dans cette gnose nauséabonde qui détruit l’Église romaine de l’intérieur. 

 

Le nom de Michel de Nostredame sera d’ailleurs cité dans une affaire traitée par la Sainte inquisition où jeune médecin, il s’installe à Agen et fréquente de près le cercle d‘amis qui gravite autour de l’humaniste d’origine italienne Jules César Scaliger. Il semble que ce soit ce personnage haut en couleur qui va introduire Nostradamus dans la bonne société agenaise. 

 

Le séjour de Nostredame à Agen

 

La société agenaise avait une particularité: elle était en contact constant avec la cour du roi de Navarre, installé dans le château de Nérac. Marguerite d’Angoulême (1492-1549), la reine de Navarre est la soeur du roi de France François Ier. Elle a épousé en 1527 Henri d’Albret, roi de Navarre. Autant dire que Jules César Scaliger, qui obtiendra la charge de médecin ordinaire du roi et de la reine de Navarre, bénéficia de hautes protections qui lui permirent de tenir l’Inquisition à une certaine distance. Marguerite d’Angoulême protègera dans son château de Nérac des humanistes comme Jacques Lefèvre d’Étaples (1450-1536), plus ou moins inquiété par l’Inquisition. Lefèvre d’Étaples est le représentant français de la Prisca Theologia 9 élaborée par le Florentin Marsile Ficin et de l’Allemand Cornélius Agrippa avec qui il était en contact.

 

C’est dans ce milieu éduqué, nourri aux nouvelles idées liées à l’humanisme de cette Renaissance européenne, que Michel de Nostredame va rencontrer sa future épouse, Henriette d’Encausse. 

 

Selon Jacqueline Allemand 10, directrice du musée de la maison de Nostradamus (1992-2013), Michel de Nostredame se serait marié avec Henriette d’Encausse en 1531. La famille d’Encausse serait originaire d’Encausse-les-Thermes et d’Aspect au sud de Saint-Gaudens dans le Comminges, non loin de Pailhès, fief de Gaspard de Villemur, un parent qui va doter la mariée d’une ferme près d’Agent dans laquelle Henriette et Michel de Nostredame vont s’installer pour fonder une famille. 

 

Jacqueline Allemand fait remarquer que les ancêtres d’Henriette ont été de généreux donateurs de la commanderie templier de Montsaunès en Comminges. Selon elle, certains d’entre eux furent aussi Templiers. Cette indication interpelle quand on connaît l’importance du rôle que cette commanderie a joué au sein de l’ordre des Templiers. 

 

Soulignons que l’église templier de Montsaunès est une des très rares églises en France à posséder une représentation du prophète païen Balaam. 

 

4

 

Selon Origène (185-253), "Si les prophéties de Balaam ont été introduites par Moïse dans les livres sacrés, à combien plus forte raison ont-elles été recueillies par les habitants de la Mésopotamie , chez lesquels Balaam avait grande réputation et qui sont connus comme disciples en magie. C’est à lui que la tradition fait remonter dans les pays d’Orient l’origine des mages, qui possédant chez eux le texte de toutes les prophètes de Balaam, avaient entre autres: 

Un astre issu de Jacob devient chef
un sceptre se lève issu d’Israël" (Nombres XXIV, 17) 11

 

5

 

Le thème eschatologique du retour du Messie ou du Roi des Derniers Jours, qui viendra unir les nations autour de Jérusalem, est une des espérances qui a nourri toute l’histoire des croisades.La seule question qui se posait en réalité était de savoir si le Roi des Derniers Jours serait un roi de France ou un empereur germanique. Pour la confrérie des Rois Mages, cela ne pouvait être qu’un empereur germanique.Pour les Templiers, il semblerait que leur regard se portait plus vers la maison d’Anjou, héritière de la lignée du roi Arthur. Quoiqu’il en soit, la venue du messie annoncée par l’étoile des rois mages fait partie intégrante de la culture des croisades.

 

Nous citerons deux quatrains de Nostradamus qui paraissent aller dans le sens de cette vision eschatologique portée par la confrérie des Rois Mages et liée à Jérusalem.

 

"Par la puissance des trois Rois temporels,
En autre lieu sera mis le saint siège:
Où la substance de l’esprit corporel,
Sera remis et receu pour vray siege" (VIII,99)

 

"Sur le milieu du grand monde la rose,
Pour nouveaux faits sang public espandu:
A dire vray on aura bouche close,
Lors au besoing viendra tard l’attendu." (V,96)

 

"Sur le milieu du Grand Monde la rose" : on suppose que la rose était la cité sainte de Jérusalem, et si l’attendu viendra tard, c’est que Nostradamus connaît parfaitement la prophétie de Balaam qui précisait:

 

"Je le verrai, mais pas maintenant
Je le contemplerai mais non de près
Un astre sortira à coup sûr de Jacob
Et certes un sceptre s’élèvera d’Israël." (Nombres, XXIV, 17)

 

À propos de l’église de Montsaunès, on peut aussi citer l’article de monsieur Du Mèges, sur l’ordre du Temple et son église de Montsaunès 12, il précise que le chevalier templier Célébrun de Pins, qui fut plusieurs fois commandeur de Montsaunès dans la période 1280-1303, ainsi que maître du Temple de la baillie d’Agen, appartenait à cette famille qui a donné deux grands-maître à l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, dont Eudes des Pins de 1294 à 1296. si cette affirmation se voyait confirmée13, on pourrait penser que cet état de fait ne devait rien au hasard mais qu’elle s’inscrirait dans cette fameuse politique de fusion de l’ordre des Hospitaliers avec cette chevalerie du Graal issue de la confrérie des Rois Mages et des chevaliers du Temple. 

 

On peut se demander si Michel de Nostredame en épousant Henriette d’Encausse n’aurait pas par la même occasion épousé un puissant réseau d’influences, cette "élite d’initiés" dont parle Henri Cornélius Agrippa dans De Occulta Philosophia. 

 

Portrait de Nostradamus, gravure de 1668

 

Le traité des Hiéroglyphes, un ouvrage pour les initiés

 

Ce qui est certain c’est qu’après son séjour à Agen, le médecin Michel de Nostredame va avoir beaucoup plus d’ambition malgré le terrible drame qui va le frapper puisque sa femme Henriette et leurs deux enfants vont décéder, on suppose à cause de la peste, autour des années 1538.

 

À partir de son séjour à Agen, Michel de Nostredame veut se faire remarquer par la cour du roi de France. Pour ce faire, il va traduire en français un ouvrage que seule une élite d’initiés peut alors apprécier à sa juste valeur. il s’agit du Traité des hiéroglyphes d’Horapollon qu’il adresse en 1541 à Jeanne d’Albret, la fille de Marguerite d’Angoulême et d’Henri d’Albret, roi et reine de Navarre, que le roi de France est en train de marier au duc de Clèves.

 

"Horus.Apollon" est un philosophe alexandrin du Ve siècle de notre ère qui enseignait à l'Académie d'Alexandrie. Derrière ce titre de philosophe, se cachait en réalité un des derniers prêtres égyptiens, représentant du paganisme encore pratiqué dans le temple d'Isis à Ménouthis près d’Alexandrie. Voici la dédicace de la déesse Isis reproduite en 1534 par Petrus Apianus que Nostradamus reprendra dans son Traité des hiéroglyphes 14.

 

1507isis1

 

La déesse Isis était considérée par les Grecs et les Latins ( à tort ou à raison ) comme l'initiatrice aux mystères égyptiens. Ces mystères à l'époque greco-romaine étaient organisés sous forme d'un cérémonial initatique progressif et secret. Horus.Apollon, prêtre d'Isis fut accusé avec d'autres d'avoir fomenté une révolte contre les Chrétiens. Le prêtre philosophe dût s'enfuir mais rattrapé il fut quelque peu torturé avant de se convertir au christianisme. Voilà comment finit à la fin du Ve siècle le dernier représentant de cette religion reservée à une élite d'initiés au terme d'une longue ascèse.

 

Dans le Codex des Vaticinations dit "de Nostradamus" (1629), il y a une représentation qui a été associée à la déesse Isis. au-dessus de sa tête, on y voit une lune surmontée d’un soleil. 

 

deesse Isis

 

Dans le récit d’Apulée de Madaure, il est dit que l’initié aux mystères d’Isis accomplissait une descente aux enfers où il voit briller le soleil en pleine nuit. 

Le sceau du Templier Robert de Retz, précepteur des commanderies de la Coudrie et de Biais, daté du XIIIe siècle, a quelques similitudes troublantes à cet égard.

 

sceau Robert Retz

 

Le manuscrit grec d’Horapollon avait été acheté en juin 1419 sur l’île d’Andros par le Florentin Christophe Buondelmonte. Cet exemplaire fut racheté par Cosme de Médicis qui va parrainé à Florence la confrérie des Rois Mages. Le traité sur les hiéroglyphes d’Horapollon sera étudié par de nombreux humanistes à Florence dont Marsile Ficin. 

 

Cosme de Médicis; fresque des rois mages; Benozzo Gozzoli; 1459-1462; Florence; Italie

 

Quant au florentin Christophe Buondelmonte, on croit savoir qu’à partir des années 1406 il va entamer des études de grec sur l’île de Rhodes, siège de l’ordre des Hospitaliers. Après huit années d’études, il entreprend six années de voyage à travers les îles grecques. En 1420, il écrit un ouvrage: le Livre des îles de l’archipel, qu’il dédicace au cardinal Giordano Orsini. La famille des Orsini donnera un grand maître à l’ordre des hospitaliers avec Giovanni Battista Orsini (1467-1476). Les Orsini seront liés à la famille des Médicis puisque Clarisse Orisini épousera en 1469 Laurent de Médicis qui est représenté sur la fresque de Rois Mages à Florence. 

 

Laurent de Médicis, dit "le Magnifique"; fresque des rois mages de Benozzo Gozzoli; 1459-1462; Florence; Italie

 

On remarque aussi que la famille des Orsini était déjà depuis de longue date liée à celle des Baux puisque Roberto Orsini (1295-1345) avait épousé en 1330 Suève de Baux, fille d’Hugues de Baux, comte de Soleto. Cette lignée des Baux-Orsini donnera notamment Raymond de Baux-Orsini (1350-1406) qui avec sa femme Marie d’Enghein (1367-1446) élèveront un temple en l’honneur de la chevalerie du Graal dans Basilique Sainte Catherine d’Alexandrie à Galatina dans le sud de l’Italie.

 

Sainte Catherine

 

Pour en revenir à Christophe Buondelmonte, on le retrouve le 24 juin 1430 sur une charte concernant l’ordre de l’Hôpital en qualité de doyen du chapitre de la cathédrale de Rhodes. 

 

Le traité des hiéroglyphes de Nostredame arrive à la cour du roi de France à l’époque où Catherine de Médicis accède au statut de dauphine de France suite à la mort prématurée le 10 août 1536 à l’âge de 18 ans de François de France, héritier du trône de France. Nostradamus trouvera à la cour de France des appuis non négligeables en la personne du florentin Gabriel Simeoni ( 1409-1575), astrologue personnel de Catherine de Médicis, future reine de France. 

 

Ce que les humanistes recherchaient dans les hiéroglyphes c’est cette écriture inaccessible au vulgaire et dont la connaissance selon Plotin était réservée en Égypte aux prêtres et aux initiés. 

 

Nostredame et le rituels égyptiens 

 

Le premier ouvrage connu de Nostradamus est donc très révélateur de l’état d’esprit qui a nourri l’auteur des Centuries. Le Traité des Hiéroglyphes décrit par exemple les dieux infernaux appelés "mânes" ("dis manibus", "D.M"). 15

 

1010

 

Dans un quatrain des Centuries, Nostradamus fait référence aux "D.M", aux dieux mânes":

"Quand l’écriture D.M. trouvee,
Et cave antique à lampe découverte,
Loy, Roy & Prince Ulpian esprouvee,
Pavillon Royne &Duc sous la couverte" (VIII, 66)

 

Selon le Traité des hiéroglyphes, la lampe signifie la vie,. La cave à lampe pourrait signifier le tombeau, et effectivement sur l’épitaphe de Nostradamus  reproduite par César de Nostredame dans l’Histoire et Chronique de Provence16, on retrouve les lettres "D.M", ce qui démontre que Nostradamus ne s’est pas contenté de traduire le traité d’un prêtre égyptien, il était lui-même intimement convaincu de la véracité des propos rapportés par ce traité. 

 

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Une autre figure de ce traité nous intéresse. C’est la figure du chien ou du loup. Un cynocéphale debout, les pattes levées au ciel, et un diadème sur la tête, représente le lever de la lune au moment où sa lumière apparaît dans le ciel et où celle du soleil finit. 

 

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On nous explique dans ce traité que chez les Égyptiens le diadème des rois d’Égypte avaient pour symbole un croissant de lune parce que le diadème était un orbite de lune parfait qui présentait tout naturellement à l’esprit les accroissements de cette planète. Pour les Égyptiens, l’orbite parfait de la lune ou la pleine lune signifiait "chose qui promettait à leurs rois toutes sortes de prospérités". Plus étrange encore, dans ce traité de hiéroglyphes,  un singe appelé Magot, dont le museau ressemblait à celui du dogue, était associé à la figure du cynocéphale.

 

Cette sagesse venue d’Égypte semble avoir conquis nos élites occidentales puisqu’on remarque que le Bon roi René d’Anjou , roi titulaire de Jérusalem et comte de Provence, avait fondé le 11 août 1448 à Angers l’ordre du Croissant. Parmi les membres de cet ordre: le duc de Milan, Francesco Sforza, qui a succédé aux Visconti et dont le fils Galéas Marie Sforza est représenté sur la fresque des Rois Mages à Florence. 

 

Galéas Marie Sforza; fresque des rois mages; Benozzo Gozzoli; 1459-1462; Florence; Italie

 

La devise de l’ordre du Croissant était "los-en-croissant" qui voulait signifier qu’en avançant en vertu on mérite en louanges - devise qui n’est pas sans analogie avec les notions d’accroissement et de plénitude du croissant de lune de nos rois égyptiens. si on a quelques doutes sur le caractère égyptien des références du Bon roi René, on constate que l’ordre du Croissant a été fondé en l’honneur de Saint Maurice.

 

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Selon la légende, saint Maurice était un général à la tête d’une légion stationnée dans la cité de Thèbes en Égypte et qui aurait refusé de s’en prendre aux Chrétiens ce qui lui valu de mourrir en martyr, lui et toute sa légion. 

 

On a la même impression de référence aux hiéroglyphes d’Horapollon quand on admire la minitature de dédicace où Guillaume Caoursin, vice-chancelier, remet son livre17 sur le siège de Rhodes au grand-maître des Hospitaliers Pierre d’Aubusson (1476-1503) . 

 

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On remarque les chiens et surtout ces singes appelés "magots". Les Cynocéphales en arrière-plan nous entraînent à regarder au-dessus de la tête du grand-maître pour admirer ce beau croissant ( de lune ? ) devant ce qui ressemble fort à une couronne ou un diadème.

 

Horapollon rappelle que la première qualité d’un homme d’état est un homme qui médite beaucoup. il peut être symbolisé par un scribe sacré en l’occurence le vice-chancelier Guillaume Caoursin qui présente son ouvrage au grand-maître. il est avec le chien et le singe qui sont au pied du grand-maître la représentation accomplie de la sagesse des rois d’Égypte telle que décrite dans le Traité des Hiéroglyphes d’Horapollon. 

 

On s’aperçoit que la composition de cette miniature est très symbolique et sophistiquée, digne d’un grand initié aux mystères égyptiens. on avait déjà remarqué dans une autre miniature du même ouvrage que le grand-maître Pierre d’Aubusson avait assumé la fonction de maître maçon. 

 

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On a la nette impression que le vice-chancelier Guillaume Caoursin, dans son oeuvre, tenait à nous dire que non seulement par son courage et sa ténacité son maître Pierre d’Aubusson était le héros du siège de Rhodes de 1480 qui a mis en échec toute l’armée ottomane mais qu’il cumulait aussi la sagesse des rois-philosophes de la République de Platon et celle des rois d’Égypte qui maitrisaient les mystères révélés par Hermès Trismégiste. Pierre d’Aubusson, grand-maître de l’ordre des Hospitaliers, maîtrisait tout à la fois l’art des géomètres et les mystères égyptiens. 

 

Le cynocéphale, le maître des secrets

 

On reste surpris par l’importance que les Égyptiens pouvaient accorder au cynocéphale, cet homme à tête de chien, entouré d’une aura mystique très puissante. Dans le Traité, il est rapporté que le chien y voyait aussi bien le jour que la nuit. Cet animal aurait eu la capacité de maîtriser les lettres si bien que les prêtres les faisaient venir dans leurs temples pour savoir s’ils avaient devant eux un chien scribe.

 

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À la fois scribe sacré et devin, le cynocéphale était aussi un animal psychopompe qui percevait l’âme des morts. En Égypte, des chiens affamés rôdaient souvent autour des cimetières et déterraient des morts. C’est pour cette raison que le chien fut associé au dieu des morts Anubis, dieu égyptien à tête de chien. Le cynocéphale pouvait être aussi affublé d’une tête de chacal ou de loup.

 

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C’est grâce au dieu Anubis que le défunt pouvait traverser le monde des morts pour rejoindre les plaines fertiles du Nil. Encore fallait-il subir la terrible épreuve de la pesée du coeur qui devait être aussi léger qu’une plume si on ne voulait pas finir dévoré par le grand crocodile.

 

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Anubis, et plus tard chez les Grecs D’Alexandrie, Hermanubis (mélange du dieu grec Hermès et du dieu égyptien Anubis), était le gardien du monde des morts et le maître des secrets.

 

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Le dieu Anubis, ou Hermanubis, était souvent invoqué par les nécromanciens pour connaître les secrets des disparus, comme par exemple pour savoir où le grand-oncle avait caché son trésor avant de mourir. À Florence, la confrérie des Rois Mages à travers Marsile Ficin s'était fait une spécialité de traduire ce genre de livres de magie, comme par exemple le Livre des Mystères égyptiens ou réponse à l’épitre de Porphyre à Anelon du philosophe Jamblique qui vivait au IVe siècle après Jésus-Christ. Marsile Ficin traduisit aussi De opération daemonum du même auteur.

 

Il a été dit que Nostradamus aurait pris connaissance du contenu de ces ouvrages à travers un autre florentin faisant partie du cercle médicéen. Il s’agit de Petrus Crinitus (1475-1507) qui publia une sorte de relevé de ces études dans son ouvrage De Honesta disciplina réédité à Lyon en 1543. Il est vrai que dans son histoire de Provence18, Jean de Nostredame19 cite De Honesta disciplina à propos de la mort de trois humanistes autour de 1494: Hermolao Barbaro, Ange Politien et Jean Pic de la Mirandole.

 

Si on s’en réfère aux deux premiers quatrains des Centuries, on pourrait penser que l’œuvre de Nostradamus est due à la pratique assidue de rituels magiques20 tels que mis en lumière par les mages de Florence. Voici les fameux quatrains:

 

Estant assis de nuit secret estude,

Seul reposé sur la selle d’aerain:

Flambe exigue sortant de sollitude,

Fait prospérer qui n’est à croire vain. (I,1)

 

La verge en main mise au milieu de Branches

De l’onde il moulle & le limbe & le pied:

Un peur &voix fremissent par les manches:

Splendeur divine. Le divin pres s’assied. (I,2)

 

L’ambiguïté vient du fait que l’on s’est aperçu que beaucoup de quatrains de Nostradamus proviennent de documents ou d’archives historiques et n’ont probablement pas grand chose à voir avec la magie noire. L'autre solution si on n'est pas un adepte de la magie noire se trouve dans le Traité des Hiéroglyphes, on parle du livre scellé qui permet probablement de connaître les secrets des anciens.

 

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Mais la question se pose concernant la bibliothèque du dieu Anubis, maître des secrets. Est-ce que ce livre scellé est un livre de magie ou un document historique?

 

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Il faut bien avouer que si c’est un livre de magie, les Centuries de maître Nostradamus n’ont pas grand intérêt pour nous. Par contre, si le livre scellé est un document historique, cela ouvre des perspectives et pourrait concerner l’ordre des Templiers.

 

Nostradamus, magicien ou historien?

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Dans sa lettre à son fils César, Michel de Nostredame écrit cette phrase énigmatique: "combien que plusieurs volumes qui ont été cachés par longs siècles me sont été manifestés".

 

C’est peut-être encore une fois Jean de Nostredame qui peut nous aider à propos des sources de Nostradamus. Joseph Anglade qui s’est interrogé sur les sources de Jean de Nostredame nous dit qu’il avait à sa disposition un précieux dépôt: celui des archives d’Aix et aussi celles du comte de Sault. Joseph Anglade précise que François d’Agoult, comte de Sault, dût être aussi un des amis, ou plutôt un des protecteurs de Nostredame, qui connaissait ses archives, c’est là que se trouvaient quelques "romans" français, des légendes ou vies de saints provençales et surtout le riche manuscrit cité si souvent par Nostredame dans son glossaire21. Bien sûr, pour Joseph Anglade, le fait que le blason des seigneurs d’Agout ou d’Agoult soit un loup n’a pour lui aucune importance.

 

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À l’époque de Michel et Jean de Nostredame, ces seigneurs d’Agoult sont une des plus puissantes familles de Provence. Un des membres de la famille, Foulques d’Agoult (1400-1492) fut le chambellan du roi René d’Anjou et faisait partie de l’ordre du Croissant.

 

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Selon César de Nostredame, c’est Foulques d’Agoult qui va récupérer une partie de la librairie du roi titulaire de Jérusalem, René d’Anjou22, après sa mort en 1480. D'après les différentes sources, la bibliothèque du roi René comportait entre 140 et 200 ouvrages. 

 

Les seigneurs d’Agoult n’étaient pas seulement une des plus puissantes familles de Provence, elle était aussi une des plus anciennes. Leurs ancêtres, au même titre que les seigneurs des Baux de Provence ou les seigneurs de Fos, ont participé à la Première Croisade derrière Raymond de saint Gilles, comte de Toulouse. La bannière du loup de Raimbaud d’Agoult, seigneur de Sault et de Simiane, a combattu aux côtés d’Adhémar de Monteil, évêque du Puy-en-Velay et légat pontifical de la Première Croisade.

 

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Les seigneurs d’Agoult , contrairement aux famille des Baux et de Fos qui n’auront qu’un désir après la Première Croisade, celui de rentrer chez eux au plus vite, les Agoult vont tenir une seigneurie dans le comté de Tripoli autour de la cité côtière du Boutron 23

 

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En 1142, Rostain III d'Agoult, seigneur de Boutron, apparaît aux côtés du comte de Tripoli 24. La seigneurie du Boutron est d’ailleurs à l’origine d’une anecdote célèbre en Terre Sainte, puisque c’est cette seigneurie que le comte de Tripoli avait promise à Richard de Ridefort avant de se rétracter. 

 

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Richard de Ridefort, qui par la suite deviendra grand-maître de l’ordre des Templiers, vouera une rancune tenace au comte de Tripoli à ce propos.

 

En 1191, Isnard Ier d'Agoult, dit d'Entrevennes, marié en 1182 avec Mabile de Fos (la tante ou la soeur de Roncelin de Fos) est présent à la Troisième Croisade aux côtés de Richard Coeur de Lion, roi d'Angleterre, pendant le siège de Saint-Jean d'Acre. Il participe aussi à la reconstruction du port de Jaffa 25

 

On constate que tout au long de leur histoire les Agoult ont entretenu des liens étroits entre leur maison et celle des Baux et des Fos. Par exemple, le chevalier Guillaume III de Baux épouse Valpurge de la maison d’Agoult. leur fille Tiburgette épousera en 1195 Roger de Fos, le père ou pour d’autres le frère de Roncelin de Fos, maître de la province templière de Provence et auteur présumé des statuts secrets de cet ordre. 

 

L’autre Roncelin que nous connaissons et qui sera reçu dans l’ordre des Templiers comme membre affilié à Saint-Jean d’Acre en 1285 par le grand-maître Guillaume de Beaujeu épousera deux ans plus tard à Marseille Mabille d’Agoult. c’est cette lignée qui va perpétuer le nom de Roncelin de Fos jusqu’au XVe siècle. On se rend compte à quel point les Baux, les Fos et les Agoult sont trois familles liées par le sang et qu’elles sont toutes les trois au coeur de cette chevalerie du Graal créée par un des membres de la famille, Roncelin de Fos. 

 

Comme les Baux et les Fos, les Agoult auront des membres parmi les Templiers 26 et, comme les Baux, les Agoult auront des membres parmi les chevaliers de l’ordre  des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes, puis de Malte. Selon les généalogistes, toutes lignées confondues, la maison d’Agoult aurait donnée vingt-deux chevaliers à l’ordre de Malte dont François d’Agoult-Seillons, grand prieur de Saint-Gilles de 1682 à 1684. 

 

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Remarquons aussi que le dernier turcoplier de l’ordre des Templiers, le provençal Bertrand de Gourdon ou de Gordes, qui faisait partie du gouvernement de Jacques de Molay juste avant la destruction de l’ordre, était probablement lié à la famille des Agoult-Simiane qui possédait le castrum de Gordes 27.  On se rappelle que dans les Chroniques de Provence de Jean de Nostredame, dans le passage "Chevaliers tant de Saint-Jean que Templiers", Nostredame nous avait parlé du commandeur des Omergues Jean de Venterol qui deviendra par la suite grand commandeur de l’ordre des Hospitaliers de 1422 à 1432. 

 

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Parmi ces Hospitaliers appelés Templiers, Jean de Nostredame avait cité le commandeur de Puymoisson. il se trouve qu’à partir des années 1385, le commandeur de Puymoisson s’appelait Reforciat d’Agoult. Ce chevalier hospitalier deviendra grand prieur de Saint-Gilles en 1402.  Reforciat d’Agoult meurt quelques mois après et sera enterré dans l’église de la commanderie hospitalière de Saint-Jean d’Aix. 

 

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Tout cela nous montre à quel point il devait être intéressant d’accéder aux archives de la maison d’Agoult. Joseph Anglade a remarqué que parmi les ouvrages consultés par Jean de Nostredame il y a une règle des Templiers "R. Templarorium". on ne sait si cette règle des Templiers provenait des archives de la maison du Loup  ou des archives de la ville d’Aix mais il serait intéressant d’aller y voir de plus près car je ne crois pas à ma connaissance que cette règle des Templiers consultée au XVIe siècle par Jean de Nostredame n’ait jamais été répertoriée. 

 

Bibliothèque du château de Lourmarin; reconstruit au XVe siècle par Foulques d'Agoult

 

Évidemment cette histoire d’ancienne famille des Agoult, lointains ancêtres des loups-garous, à l’image du dieu Anubis dieu gardien de la porte du monde des Morts et maître des secrets, permettant aux Nostredame de pénétrer dans le "saint des saints" de leur bibliothèque pour leur donner accès à des volumes cachés depuis de longs siècles, reste une hypothese. 

 

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Mais force est de constater que le dieu des morts égyptien ne semble pas un inconnu pour les Templiers. Sur le mur nord de l’église templière de Montsaunès28, c’est bien le dieu Anubis que l’on voit se charger de juger les morts dans cette représentation très altérée du Jugement Dernier. 

 

Anubis Templier

 

 

Conceptions du Jugement Dernier par la chevalerie du Graal et par l'Église romaine

 

Les fresques du mur nord sont en très mauvais état et demanderaient une sérieuse restauration.  Les fresques de la première travée ont été datées du XIIIe siècle, c’est-à-dire de l’époque de l’occupation de l’église par les Templiers. encore plus intéressant: le même motif va être de nouveau traité sur le mur de la travée suivante mais daté cette fois-ci du XVIe siècle, pendant l’occupation de l’église par l’ordre des Hospitaliers.

 

Si on s’intéresse au thème du jugement dernier traité par les Templiers au XIIIe siècle, on comprend que pour ces chevaliers le plus grand des péchés reste l’ignorance. Le dieu à tête de loup te laissera sans remords te faire bouillir dans le chaudron si tu ne sais pas résoudre l’énigme qui se trouve juste au-dessus. 

 

Jugement Dernier

 

C’est un grand damier composé de carrés posés en losange,"échiqueté en sautoir", écrasant un dragon dont la gueule se retourne contre l’objet de ses souffrances. 

 

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Le dragon est le symbole de cette ignorance qui est écrasée devant l’énigme. Le damier est un carré long puisque la hauteur ou largeur est à peu près égal à la moitié de la longueur ou base. On compte treize carrés en hauteur par vingt-huit sur la longueur, ce qui donne un total de 364 comme le nombre de jours de l’année à un jour près. Il semblerait que nous avons devant nous une représentation symbolique de la Jérusalem Céleste où l’âme du défunt doit se rendre après la mort si, bien entendu, il a su résoudre le mystère. 

 

On se rend compte à quel point pour les Templiers de Montsaunès l’art des géomètres et arpenteurs  était fondamental dans leur religion. Peut-être aussi parce que les Templiers de Montsaunès étaient en étroite collaboration avec la confrérie de bâtisseurs des Enfants de Maître Jacques comme le signale la croix du Temple encadré de deux fils à plomb et accolés à la bannière de cette confrérie représentés sur la voûte de l’église templière de Montsaunès. 

 

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Quand on parle de chevalerie du Graal au sein de l'ordre des Templiers, parle-t-on de la franc-maçonnerie? 

 Etoiles4

 

Les fresques de l'église templière de Montsaunès nous montrent que dès la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe siècle, les Pauvres chevaliers du Christ du Temple de Salomon formaient des compagnons bâtisseurs liés à la spiritualité du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. La voûte de l'église templière de Montsaunès représente dans un ciel étoilé la voie lactée composée d'une suite d'étoiles entourées d'un cercle et collées les unes aux autres. La Voie Lactée accompagne traditionnellement dans le ciel le pèlerinage de Saint Jacques accompli sur Terre.

 

voie lactee

 

On remarque aussi trois ou quatre séries de trois cercles qui constituent comme des étapes de ce pèlerinage. Ces étapes figurent comme les différents niveaux ou degrès que l'aspirant doit passer pour atteindre le sommet de la pyramide. Cela pourrait signifier que les Templiers délivraient des grades à cette confrérie affiliée à l'ordre du Temple. La marque de la confrérie des Enfants de Maître Jacques était une étoile à six branches.

 

etoiles1

 

Dans l'église templière de Montsaunès, nous avons un exemple de pierre tombale templière.

 

etoiles3

 

Il est probable que les membres de la confrérie des Enfants de Maître Jacques portaient le manteau brun à croix pattée des frères Templiers.

 

etoile2

 

La question se pose de savoir si les frères chevaliers au blanc manteau passaient aussi par ce genre d'initiation? Cela pourait être une des caractéristiques de cette chevalerie du Graal au sein de l'ordre des Templiers. 

 

30 pierrestombalescouleur

 

Elle pourrait expliquer pourquoi les frères élus du Temple avaient la figure géométrique du Pentalpha comme symbole funéraire. Elle était la marque de leur initation à l'art secret du Grand Architecte de l'Univers.

 

Une autre figure est présente sur la voûte de l’église templière de Montsaunès. C’est une croix pattée encadrée de deux étoiles à six branches.

 

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Cette croix pattée rappelle la croix du Temple mais aussi les armoiries des comtes de Comminges, protecteurs de la commanderie de Montsaunès. La croix des comtes de Comminges est blasonnée de gueules aux quatre otelles d’argent appointées en sautoir.

 

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Les comtes de Comminges ont adopté la croix vermeille des Templiers comme blason. On pense que ce fait est lié à l’engagement de Bernard III comte de Comminges (1120-1183) qui, en mai 1176, abandonne la gouvernance de son comté à son fils Bernard IV, encore mineur, pour prendre l’habit des Templiers dans la commanderie de Montsaunès. 

 

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La petite commanderie templière du Comminges se voit honorée de la présence d’un puissant seigneur. Les comtes de Comminges ont probablement été les premiers maîtres de la chevalerie du saint Graal.

 

Pour l’heure, les premières traces iconographiques concernant les comtes de Comminges apparaissent en 1226 avec plusieurs sceaux de Bernard V, comte de Comminges (1196-1241). Il est instructif de comparer les sceaux du comte avec des représentations du chevalier Galaad, héros des romans de la Table Ronde, pour se rendre compte de certaines similitudes assez frappantes. 

 

sceau 1 Bernard V

 

Les sceaux de Bernard V datent de l’année de sa prise de pouvoir sur le comté de Comminges en 1226 mais on peut émettre l’hypothèse que certains de ces sceaux furent fabriqués à l’époque de son père, Bernard IV, mort en 1225 et qui choisit de reposer dans l’église templière de Montsaunès.

 

sceau 2 Bernard V

 

Le personnage de Galaad a été introduit assez tardivement dans la littérature des chevaliers de la Table Ronde, vers le milieu du XIIIe siècle. Tous les commentateurs ont fait remarquer que le chevalier Galaad était marqué du sceau de la spiritualité cistercienne. 

 

Roman de Tristan en prose vers 1450-1460, Ms 527, bibliothèque municipale de Dijon; F 131 

 

Il se trouve que si Bernard III et son fils Bernard IV se sont donnés à l’ordre des Templiers, leurs successeurs vont reprendre la tradition familiale pour reposer comme leurs ancêtres dans l’abbaye cistercienne de Bonnefont, filiale de Morimond, qui se situe à quelques kilomètres de la commanderie templière de Montsaunès. 

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Au musée des Augustins à Toulouse, on peut encore admirer de nos jours le gisant de Bernard VI, comte de Comminges, mort en 1295 et qui reposait à l’abbaye de Bonnefont. La figure de ce chevalier est l’incarnation de Galaad, qui portait comme lui l’écu à croix vermeille. 

 

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On remarquera aussi le changement de nom de l’église de Montsaunès qui chez les Templiers était dédiée à Notre-Dame et sera avec les Hospitaliers dédié à Saint-Christophe, un saint bien particulier puisque Christophe s’était mis en tête de se mettre au service de la personne la plus puissante au monde. C’est donc tout naturellement qu’il se mit au service du Diable avant de se mettre au service du Christ.

 

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Le thème du Jugement Dernier traité par les Hospitaliers se situe dans un esprit totalement opposé à celui des Templiers puisqu’il est résolument figuratif et moral. Pas besoin d’avoir l’esprit de géométrie pour comprendre qu’en haut du mur des anges, à côté d’un joli château représentent la Jérusalem céleste, surtout si ces anges ont des trompettes.

 

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En bas, des personnages poussés par des diablotins vont passer devant l’archange Saint-Michel, tenant le Livre de Vie où sont inscrits le nom des élus. Plusieurs personnages ont des têtes d’oie, de cochon, de colombes, de vipères, et ont été interprétées comme un rappel aux sept péchés capitaux qui tous vous envoient directement dans le chaurdon tenu par le démon Anubis 29

 

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Anubis se retrouve sur le côté gauche de la représentation et laisse le centre à l’archange Saint-Michel qui est devenu le patron. chez les Templiers de Montsaunès, l’archange Saint-Michel était aussi représenté mais sur le côté droit, laissant le rôle principal au dieu Anubis. 

 

Un détail nous interpelle du côté Templier. L’archange Saint-Michel est revêtu d’un costume d’apparat byzantin avec le loros, une longue écharpe formant une ceinture et une grande bande verticale assortie à la large encolure de la tunique. 

 

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Un archange byzantin et un diable égyptien, l’œcuménisme  des Templiers de Montsaunès est là pour nous révéler que ce qui réunit les croyants de toutes les religions c’est cette mystérieuse science de la géométrie, qui, par sa vision éclairée, réunit ce qui est épars et rassemble tous les croyants, juifs, chrétiens et musulmans autour de cette Jérusalem chérie, cité trois fois sainte.

 

Le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle ouvre la voie à cet esprit éclairé. La tradition voudra aussi que les chevaliers du Graal aillent faire leur pèlerinage en Terre Sainte jusqu’à l’antique monastère de Sainte-Catherine d’Alexandrie sur le Mont Sinaï. Ce monastère a été élevé autour du buisson ardent où Moïse a reçu la Loi de Dieu et ses cornes de lumière. Occupé par des moines byzantins, les murs de ce monastère protègent aussi une mosquée. 

 

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L'interprétation du Jugement Dernier dans l'église de Montsaunès qui date du XVIe siècle doit probablement être à rapprocher des leçons du Concile de Trente qui débuta le 13 décembre 1545 et se termina le 4 décembre 1563. La Contre-Réforme lancée par l’Église catholique a décidé de faire le ménage dans ses rangs en imposant une stricte règle de conduite au clergé et en s’attaquant à toute cette culture de la connaissance réservée aux seuls initiés qui frisait l’hérésie. 

 

En janvier 1561, une ordonnance du chancelier Michel de l’Hôpital prévoit des peines contre les auteurs d’almanachs publiés sans l’autorisation de l’archevêque ou de l’évêque. En novembre de la même année, le jeune roi de France Charles IX demande au comte de Tende, gouverneur de Provence, de faire emprisonner Nostradamus. Heureusement pour Nostradamus, Claude de Savoie, comte de Tende (1507-1566), est un ami qui fait partie de cette noblesse provençale qui protège les humanistes et l’affaire se finira en douceur. 

 

On remarque d’ailleurs que le comte de Tende, gouverneur de Provence, se fera enterrer en 1566 à Aix dans l’église de la commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean et dedans la chapelle du grand-maître des Hospitaliers Hélion de Villeneuve. De ce fait, le comte repose non loin de notre chevalier hospitalier et templier Reforciat d’Agoult.

 

Nostradamus avait bien conscience que les temps ne lui étaient pas bien favorables et qu’il lui fallait être prudent. Déjà, dans sa lettre à son fils César, il avoue avoir brûlé tous les ouvrages de magie qu’il avait en sa possession. Ce genre d’ouvrages lui aurait certainement valu d’être condamné comme nécromancien. Il est évident qu’à partir de la Contre-Réforme, les rois Mages ne sont plus en odeur de sainteté au sein de l’Église catholique. 

 

Dans son quatrain (VIII, 71), Nostradamus dit:

 

"Croistra le nombre des astronomes,
Chassez, bannis & livres censurez,
L’an mil six cens sept par sacre globes
Que nul aux sacres ne seront assurez".

 

À suivre.

 

Jean-Pierre SCHMIT 

 


NOTES:

 

1. Laurens VIDAL. Déclaration des abus, ignorances et séditions de Michel Nostradamus, de Salon de Craux en Provence; éditeurs Pierre Roux et Jean Tremblay; Avignon, 1558. 

2. Henri-Corneille AGRIPPA DE NETTESHEIM. De occulta philosophia; libri tres (à la fin); Cologne; 1533; III,2;cf. III, 65

3. On remarque que l'Histoire des Rois Mages de Jean de Hildesheim fut régulièrement rééditée. La BNF possède des exemplaires de Cologne 1481, Strasbourg 1483, Cologne 1486, Modène (?) 1490, et un remarquable exemplaire de 1514 édité à Cologne et qui comprend une compilation de textes théologiques autour du thème de l'Épiphanie avec des auteurs comme Albert le Grand, Saint Augustin et Jacques de Voragine, ce qui démontre l'intérêt que portaient les contemporains de Cornélius Agrippa pour l'enseignement des rois mages.

4. Hermann von Wied qui fut déposé et excommunié par le pape Paul III en 1546 a été associé à la très étrange charte de Cologne. Selon la légende, le 24 juin 1535 l’archevêque de Cologne Hermann van Wied aurait convoqué dans sa ville une assemblée de guildes de charpentiers et de maçons venus de différents pays qui craignaient que l’on s’en prennent à leurs coutumes. Ils réfutaient notamment les accusations selon lesquelles ils auraient voulu rétablir l’ordre des Templiers. La charte de Cologne cherchait à réaffirmer les buts et les devoirs des métier des charpentiers et maçons. 

En France, en 1501, les confréries "compagnonniques" de maçons et de charpentiers avaient été suspendues par arrêt du parlement. Un arrêt du 10 mars 1506 défend aux compagnons les assemblées, les dîners ou banquets sous peine de prison. 

La charte de Cologne présente cinq grades: apprenti, compagnon, maître, maître élu et sublime maître élu. Cette charte, qui aurait été conservée dans la loge de Net Frederiks Vredenhall à la Haye jusqu’en 1637 est considérée comme un faux produit en 1819 par le prince Fréderic de Nassau qui rêvait de réformer la franc-maçonnerie hollandaise et belge dont il était le grand-maître.  (source: Paul NAUDON, Les loges de Saint-Jean, éditions Dervy, Paris, 1974, p. 26)

Aujourd’hui, pour cette période, la seule charte reconnue est celle de l’écossais William Schaw, maître des travaux du roi Jacques VI d’Écosse, découvert en 1860 et daté de 1598.

5. Frances A. YATES. La philosophie occulte à l'époque élisabéthaine; Dervy Livres; Paris, 1987; p. 41.

6. Nous connaissons deux sermons de Marsile Ficin adressés aux membres de la confrérie des Mages dont le célèbre De Stella Magorum, Praedicationes (1482).  Dans ce sermon, Ficin réfute la suggestion que l’étoile des mages n’était qu’une intervention divine, qu’un miracle univoque et souligne l’importance d’un déchiffrement à l’aide de l’astrologie en tant que science divine et surtout païenne. C’est l’insertion des mages dans la Prisca Theologia.

7. Michel de NOSTREDAME. Le traité des fardements et des confitures; éditeur Antoine Volant; Lyon; 1552; p. 12

8. Jean BODIN. De la démonomanie des sorciers; chez Jacques du Puys; 1587; p. 536 (p. 240)

9. Lefèvre d'Étaples s'était rendu en Italie pendant l'hiver 1491-1492 afin de rencontrer Jean Pic de la Mirandole et Marsile Ficin. Il revisita et commenta la traduction de Ficin du Pimandre ou Poimandrès "par amour pour Marsile Ficin qu'il vénérait à l'égal d'un père". Lfèvre d'Étaples fut aussi l'auteur dans les années 1490 d'un livre secret et jamais publié intitulé La Magie naturelle dans lequel il souligne que les premiers adorateurs du Christ, comme le dit l'Évangile, furent les mages venus de l'Orient.

10. Jacqueline ALLEMAND. Les Nostredame sur le chemin de Compostelle... Pèlerins ou non?
Disponible en ligne:http://stjacquesalpilles.fr/images/documents_pdf/Les-Nostredame-sur-les-chemins-de-Compostelle.pdf

11. Origène. Contra Celsum; I. 58

12. Alexandre DU MÈGE. "Notes sur quelques monuments de l'ordre de la milice du Temple et sur l'église de Montsaunès"; in: Mémoires de la Société archéoloigque du Midi de la France; Tome V; de 1841 à 1847; Imprimerie de Bonnal et Gibrac; Toulouse; 1847; p. 208

13. Nous sommes très peu renseignés sur la généalogie de la famille de Pins que l’on soupçonne d’avoir participé à transférer la chevalerie du Graal (qui est une sorte de franc-maçonnerie templière) au sein de l’ordre des Hospitaliers. La famille de Pins aurait pour souche Gaucerand de Pins, un des neuf barons de Catalogne. Gaucerand de Pins apparaît comme arbitre choisi par le roi d’Argon dans le traité de paix que le roi signe en février 1185 avec le comte de Toulouse qui de son côté choisit Raymond d’Agout ou d’Agoult, juge du palais, comme un de ses arbitres. Célébrin de Pins fut commandeur templier de Montsaunès de 1278 à 1280, puis de 1287 à 1288. Ensuite, il est nommé maître de la baillie templière d’Agen de 1290 à 1293 et redevient commandeur des Templiers de Montsaunès de 1302 à 1303.  En 1294, Bernard VI, comte de Comminges, fait un partage près de Muret avec Odon, seigneur de Pins. La même année, Eudes de Pins devient grand-maître de l’ordre des Hospitaliers jusqu’en 1296.  En 1317, un Gérard de Pins est nommé vicaire général de l’ordre des hospitaliers par le pape Jean XXII et Roger de Pins sera élu grand-maître de l’ordre des Hospitaliers de 1355 à 1365.  Compte tenu des postes hautement stratégiques que la famille de Pins a occupé dans l’ordre des Hospitaliers, il serait intéressant de pouvoir confirmer ou infirmer la filiation avec notre templier Célébrin de Pins. 

14. La version classique de la dédicace à la déesse Isis est:

          • "Moi, Isis, je suis la reine du monde entier.
          • J’ai été instruite par Hermès, et les lois que j’ai établies, nul ne peut les abroger.
          • Je suis la fille aînée de Cronos, le plus jeune des dieux.
          • Je suis femme et soeur du roi Osiris.
          • je suis celle qui la première a, pour les hommes, inventé les récoltes.
          • Je suis la mère du roi Horus.
          • Je suis celle qui se lève avec la constellation du chien.
          • Par moi fut bâtie la ville de Bubaste.
          • Salut, salut à toi, Égypte, qui m’a nourrie" (Diodore I, XXVII, 3-4)

 

La version d’Apianus rajoute à propos de la lune: 

 "Isidi cornua jungunter

Les anciens ajoutent des cornes à sa tête comme un demi-croissant. Les cornes contremont(?) à cause de l’aspect de la lune qui vient apparaître au premier jour et ainsi la fait figurer." 

15. Nous utilisons l'exemplaire Orus Apollo de Aegypte, de la signification des mots hiéroglyphiques des Aegyptiens. Traduit du grec par Jean Martin; graveur Jean Cousin, 1543. La traduction de Nostradamus ne comportait aucune gravure.

16. César de NOSTREDAME. L'Histoire et chronique de Provence de Caesar de Nostradamus, gentilhomme provençal; Lyon, Simon Rigaud, 1614; p.804
Disponible en ligne:https://books.google.fr/books?id=uErLFTZ_ThEC&hl=fr&pg=RA1-PA804#v=onepage&q&f=false

17. Guillaume CAOURSIN. Gestorum Rhodie obsidionis commentarii; relation du siège de Rhodes; BNF Lat6067; vers 1483-1484

18. César de NOSTREDAME. L'Histoire et chronique de Provence de Caesar de Nostradamus, gentilhomme provençal; Op. cit. ; p. 707
Disponible en ligne:https://books.google.fr/books?id=uErLFTZ_ThEC&hl=fr&pg=RA1-PA707#v=onepage&q&f=false

19. Jean de Nostredame aurait écrit sa chronique de Provence jusqu’en 1494, voir: le père LELONG . "N° 38066, ms Mémoires de Jean de Nostradamus, procureur au Parlement de Provence depuis l’an 1080 jusqu’en 1494"; Bibliothèque historique de la France; tome III; p. 549. Par contre, selon les notes de CHABANEAU, le premier tome du manuscrit de Carpentras, Les chroniques de Provence en français; n° 534-535 ancien 520) attribué à Jean de Nostredame, "gentilhomme provensal" commence en 1080 mais se termine en 1493. Dans ce cas, cela voudrait dire que César de Nostredame aurait repris l’oeuvre de son oncle à partir de cette date précise et que, pour l’année 1294, il se serait servi de l’ouvrage de Petrus Crinitus, déjà utilisé par son père Michel. 

20.

21. Jehan de NOSTREDAME. Les vies des plus célèbres et aciens poètes provençaux; préparée par Camille CHABENEAU et publié avec une introduction et commentaire par Joseph ANGLADE; Genève; 1970; p. 35

22. César de NOSTREDAME. L'Histoire et chronique de Provence de Caesar de Nostradamus, gentilhomme provençal; Op.cit.; p. 646
Disponible en ligne: https://books.google.fr/books?id=uErLFTZ_ThEC&hl=fr&pg=RA1-PA646#v=onepage&q&f=false

23. Un acte datant de 1115 atteste que la cité du Boutron appartenait au noble provençal Raymond d'Agoult. Il semble que son successeur s'appelait Rostain d'Agoult, qui maria sa fille à Guilaume Dorel. 

24. Florian MAZEL. La noblesse et l'Église en Provence, fin Xe - début XIVe siècle, l'Exemple des familles d'Agoult-Simiane, de Baux et de Marseille; éditions du CTHS, 2002; p. 373

25. Florian MAZEL; Ibid; p. 373

26. Dans la Prosopographie des Templiers de Jean-Luc Alias, éditions 3 spirales, 2002, p. 19, apparaît un Rostand d’Agoult, templier à Toulon, mais il n’y a pas de date. L’autre Templier qui apparaît est plus problématique. il s’agirait de Raimbaut d’Agoult, templier à Simiane et à Saignon vers 1128? Sur le territoire du Loup, entre Sault et Simiane, les seigneurs d’Agoult semblent avoir été avares en donations concernant les ordres militaires en Terre Sainte au XIIe siècle. Ce n’est qu’à partir du XIIIe siècle que l’on voit apparaître certaines donations mais essentiellement pour l’ordre des Hospitaliers. 

Les Agoult sont à classer du côté des conservateurs dont Roncelin de Fos est le représentant au sein du chapitre général des Templiers. Comme les seigneurs des Baux de Provence, les Agoult se revendiquent de cette noblesse issue du Saint-Empire germanique. iIs sont donc plus proche de l’univers gibelin que de celui des guelfes, majoritairement défendus chez les Templiers. On a d’ailleurs le sentiment que ces chevaliers provençaux se sentaient plus à l’aise chez les Hospitaliers que dans l’ordre des Templiers. On trouve un Isnarn d’Agoult, prieur de l’Hôpital en Campanie vers 1283-1284 et Barral II de Baux, chevalier de l’Hôpital est custode de la maison de Capoue en Campanie en 1309 avant son retour en Provence en 1312 pour devenir commandeur de Gap.

À Simiane, dans les Alpes de Haute-Provence, nous sommes dans la tanière du Loup.

 

Tête du loup (?) ; rotonde du château de Simiane appartenant aux seigneurs d'Agoult; XIIe siècle

 

La rotonde du château de Simiane montre le savoir-faire des bâtisseurs au XIIe siècle inspiré par la spiritualité issue de la Première Croisade qui a libéré Jérusalem et le Temple de Salomon. On ignore si cette oeuvre a un quelconque rapport avec les tailleurs de pierre de la confrérie des Enfants de Maître Jacques mais que l’on soit compagnon étranger dit "les loups" ou compagnon passant les "loups-garous" , on ne peut que saluer l’oeuvre accomplie pour la maison du Loup. 

 

rotonde du château de Simiane appartenant aux seigneurs d'Agoult; XIIe siècle

 

 

27. Damien CARRAZ. L'Ordre du Temple dans la basse vallée du Rhône (1124-1312), ordres militaires, croisades et sociétés méridionales; éditions PUL; 2005; p. 485 note 35

28. Montsaunès, en latin Montis Salnensis, qui signifie le "Mont du sel": ce nom vient du fait que non loin de la commanderie une carrière de sel fut exploitée à l’époque romaine.  dans le manuscrit latin l’Historia de Guillaume de Puylaurens, on retrouve l’orthographe "Monte Savesio" pour Montsaunès et dans le Flores Chronicorum de Bernard Gui concernant la sépulture du comte de Comminges Bernard IV à Montsaunès, il est écrit: "fuitque sepultus comes apud Montem Salves".

La commanderie de Montsaunès faisait partie de la province templière de Provence et partie d’Espagne. Quand les Provençaux, vers l’an 1200, ont dictés à wolfram von Eschenbach le nom du château du Graal, c’est bien à Montsaunès qu’il faisait allusion, ce que le poète bavarois va traduire par Montsalvage. Rappelons qu’en Provence à la même époque, avec Gervais de Tiblury, alias Kyot le Provençal, les maîtres et commandeurs de Provence sont les dignitaires templiers Foulques de Montpezat et Hugues de Roquefort, issus de deux des familles donatrices et protectrices de la commanderie templière de Montsaunès. 

Le chevalier Wolfram a dû connaître tous les détails de l’histoire puisque que dans le Parzival il est fait allusion à un ouvrage d’alchimie qui révèle le nom du château du Graal. Mais ça c’est encore une autre histoire. 

29. abbé Pierre AUGÉ. "Les fresques du XVIe siècle de l'église de Montsaunès"; in: Revue de Comminges; vol. 94; 1981; pp 723-733 et vol. 95; 1982; pp 79-93
abbé Jean LAFFARGUE. "L'église des Templiers de Montsaunès"; in: Revue de Comminges; vol. 94; 1981; pp. 557-560

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