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la bulle In eminenti apostolatus specula
Clément XII - 28 avril 1738

Bulle d'excommunication des francs-maçons
Clément, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, À tous les fidèles de Jésus-Christ, salut et Bénédiction Apostolique.
Élevé par la divine Providence au plus haut degré de l’apostolat, tout indigne que Nous en sommes, selon le devoir de la surveillance pastorale qui Nous est confiée, Nous avons, constamment secouru par la grâce divine, porté notre attention avec tout le zèle de notre sollicitude, sur ce qui, en fermant l’entrée aux erreurs et aux vices, peut servir à conserver avant tout l’intégrité de la religion orthodoxe, et à bannir du monde catholique, dans ces temps si difficiles, les risques de troubles.
Nous avons appris, par la rumeur publique, qu’il se répand à l’étranger, faisant chaque jour de nouveaux progrès, certaines sociétés, assemblées, réunions, agrégations ou conventicules, appelés communément du nom de Francs-Maçons ou d’autres noms selon la variété des langues, dans lesquels des hommes de toute religion et de toute secte, affectant une apparence d’honnêteté naturelle, se lient entre eux par un pacte aussi étroit qu’impénétrable, d’après des lois et des statuts qu’ils se sont faits, et s’engagent par serment prêté sur la Bible, et sous les peines les plus graves, à couvrir d’un silence inviolable tout ce qu’ils font dans l’obscurité du secret.
Mais comme telle est la nature du crime qu’il se trahit lui-même en poussant des cris qui le font découvrir et le dénoncent, les sociétés ou conventicules susdits ont fait naître de si forts soupçons dans l’esprit des fidèles, que s’enrôler dans ces sociétés c’est, auprès des personnes de probité et de prudence, s’entacher de la marque de perversion et de méchanceté ; car s’ils ne faisaient point de mal, ils ne haïraient pas ainsi la lumière ; et ce soupçon s’est tellement accru que, dans plusieurs États, ces dites sociétés ont été, depuis longtemps déjà, proscrites et bannies comme contraires à la sûreté des royaumes.
C’est pourquoi, Nous, réfléchissant sur les grands maux qui résultent ordinairement de ces sortes de sociétés ou conventicules, non seulement pour la tranquillité des États temporels, mais encore pour le salut des âmes, et voyant que par là elles ne peuvent nullement s’accorder avec les lois civiles et canoniques ; et comme les oracles divins Nous font un devoir de veiller nuit et jour en fidèle et prudent serviteur de la famille du Seigneur pour que ce genre d’hommes, tels des voleurs, ne percent la maison, et tels des renards, ne travaillent à démolir la vigne, ne pervertissent le cœur des simples et ne le transpercent dans le secret de leurs dards envenimés ; pour fermer la voie très large qui de là pourrait s’ouvrir aux iniquités qui se commettraient impunément, et pour d’autres causes justes et raisonnables de Nous connues, de l’avis de plusieurs de nos vénérables frères Cardinaux de la Sainte Église Romaine, et de Notre propre mouvement, de science certaine, après mûre délibération et de Notre plein pouvoir apostolique, Nous avons conclu et décrété de condamner et d’interdire ces dites sociétés, assemblées, réunions, agrégations ou conventicules appelés du nom de Francs-Maçons, ou connus sous toute autre dénomination, comme Nous les condamnons et les défendons par Notre présente constitution, valable à perpétuité.
C’est pourquoi Nous défendons sévèrement et en vertu de la sainte obéissance, à tous et à chacun des fidèles de Jésus-Christ, de quelque état, grade, condition, rang, dignité et prééminence qu’ils soient, laïcs ou clercs, séculiers ou réguliers méritant même une mention particulière, d’oser ou de présumer, sous quelque prétexte, sous quelque couleur que ce soit, d’entrer dans les dites sociétés de Francs-Maçons ou autrement appelées, ni de les propager, les entretenir, les recevoir chez soi ; ni de leur donner asile ou protection, y être inscrits, affiliés, y assister ni leur donner le pouvoir ou les moyens de s’assembler, leur fournir quelque chose, leur donner conseil, secours ou faveur ouvertement ou secrètement, directement ou indirectement, par soi ou par d’autres, de quelque manière que ce soit, comme aussi d’exhorter les autres, les provoquer, les engager à se faire inscrire à ces sortes de sociétés, à s’en faire membres, à y assister, à les aider et entretenir de quelque manière que ce soit, ou les conseiller : et Nous leur ordonnons absolument de se tenir strictement à l’écart de ces sociétés, assemblées, réunions, agrégations ou conventicules, et cela sous peine d’excommunication à encourir par tous les contrevenants désignés ci-dessus, ipso facto et sans autre déclaration, excommunication de laquelle nul ne peut recevoir le bienfait de l’absolution par nul autre que Nous, ou le Pontife Romain qui nous succèdera, si ce n’est à l’article de la mort.
Nous voulons de plus et mandons que les Évêques comme les Prélats supérieurs et autres Ordinaires des lieux, que tous les Inquisiteurs de l’hérésie fassent information et procèdent contre les transgresseurs, de quelque état, grade, condition, rang, dignité ou prééminence qu’ils soient, les répriment et les punissent des peines méritées, comme fortement suspects d’hérésie ; car Nous leur donnons, et à chacun d’eux, la libre faculté d’instruire et de procéder contre lesdits transgresseurs, de les réprimer et punir des peines qu’ils méritent, en invoquant même à cet effet, s’il le faut, le secours du bras séculier. Nous voulons aussi qu’on ajoute aux copies des présentes, même imprimées, signées de la main d’un notaire public, et scellées du sceau d’une personne constituée en dignité ecclésiastique, la même foi que l’on ajouterait aux présentes, si elles étaient représentées ou montrées en original.
Qu’il ne soit permis à aucun homme d’enfreindre ou de contrarier, par une entreprise téméraire, cette Bulle de notre déclaration, condamnation, mandement, prohibition et interdiction. Si quelqu’un ose y attenter, qu’il sache qu’il encourra l’indignation du Dieu Tout-Puissant, et des bienheureux apôtres S.Pierre et S.Paul.
Donné à Rome, près Sainte-Marie Majeure, l’an de l’Incarnation de Notre Seigneur MDCCXXXVIII, le IV des Calendes de Mai (28 avril), la VIIIe année de Notre Pontificat. »
Clement XII, Pape
source: https://laportelatine.org/formation/magistere/bulle-pontificale-in-eminenti-apostolatus-1738
Le discours du chevalier de Ramsay
Le Discours de Ramsay (1736) d'après le manuscrit 124 de la Bibliothèque municipale d'Epernay. Discours de M. le chevalier de Ramsay prononcé à la loge de Sain-Jean le 26 Xbre omne trinum perfectum (triangle équilatéral)
Messieurs,
La noble ardeur que vous montrez pour entrer dans l'ancien et très illustre Ordre de francs-maçons est une preuve certaine que vous possédez déjà toutes les qualités nécessaires pour en devenir les membres. Ces qualités sont la philanthropie, le secret inviolable et le goût des beaux-arts.
Lycurgue, Solon, Numa et tous les autres législateurs politiques n'ont pu rendre leurs républiques durables : quelque sages qu'aient été leurs lois, elles n'ont pu s'étendre dans tous les pays et dans tous les siècles. Comme elles étaient fondées sur les victoires et les conquêtes, sur la violence militaire et l'élévation d'un peuple au-dessus d'un autre, elles n'ont pu devenir universelles ni convenir au goût, au génie et aux intérêts de toutes les nations. La philanthropie n'était pas leur base ; le faux amour d'une parcelle d~ommes qui habitent un petit canton de l'univers et qu'on nomme la patrie, détruisait dans toutes ces républiques guerrières l'amour de l'humanité en général. Les hommes ne sont pas distingués essentiellement par la différence des langues qu'ils parlent, des habits qu'ils portent, ni des coins de cette fourmilière qu'ils occupent. Le monde entier n'est qu'une grande république, dont chaque nation est une famille, et chaque particulier un enfant. C'est, messieurs, pour faire revivre et répandre ces anciennes maximes prises dans la nature de I'homme que notre société fut établie. Nous voulons réunir tous les hommes d'un goût sublime et d'une humeur agréable par l'amour des beaux-arts, où l'ambition devient une vertu, où l'intérêt de la confrérie est celui du genre humain entier, où toutes les nations peuvent puiser des connaissances solides, et où les sujets de tous les différents royaumes peuvent conspirer sans jalousie, vivre sans discorde, et se chérir mutuellement. Sans renoncer à leurs principes, nous bannissons de nos lois toutes disputes qui peuvent altérer la tranquillité de l'esprit, la douceur des mœurs, les sentiments tendres, la joie raisonnable, et cette harmonie parfaite qui ne se trouve que dans le retranchement de tous les excès indécents et de toutes les passions discordantes.
Nous avons aussi nos mystères : ce sont des signes figuratifs de notre science, des hiéroglyphes très anciens et des paroles tirées de notre art, qui composent un langage tantôt muet et tantôt très éloquent pour se communiquer à la plus grande distance, et pour reconnaître nos confrères de quelque langue ou de quelque pays qu'ils soient. On ne découvre que le sens littéral à ceux qu'on reçoit d'abord. Ce n'est qu'aux adeptes qu'on dévoile le sens sublime et symbolique de nos mystères. C'est ainsi que les orientaux, les égyptiens, les grecs et les sages de toutes les nations cachaient leurs dogmes sous des figures, des symboles et des hiéroglyphes. La lettre de nos lois, de nos rits et de nos secrets ne présente souvent à l'esprit qu'un amas confus de paroles inintelligibles: mais les initiés y trouvent un mets exquis qui nourrit, qui élève, et qui rappelle à l'esprit les vérités les plus sublimes. n est arrivé parmi nous ce qui n'est guère arrivé dans aucune autre société. Nos loges ont été établies autrefois et se répandent aujourd'hui dans toutes les nations policées, et cependant dans une si nombreuse multitude d'hommes, jamais aucun confrère n'a trahi notre secret. Les esprits les plus légers, les plus indiscrets et les moins instruits à se taire apprennent cette grande science aussitôt qu'ils entrent parmi nous : ils semblent alors se transformer et devenir des hommes nouveaux, également impénétrables et pénétrants. Si quelqu'un manquait aux serments qui nous lient, nous n'avons d'autres lois pénales que les remords de sa conscience et l'exclusion de notre société, selon ces paroles d'Horace :
Est et fideli tuta silentio Merces : vetabo, qui Cereris sacrum Vulgarit arcanae, sub isdem
Sit trabibus, fragilemve mecum Solvat phaselum*
Horace fut autrefois orateur d'une grande loge établie à Rome par Auguste, pendant que Mécène et Agrippa y étaient surveillants. Les meilleures odes de ce poète sont des hymnes qu'il composa pour être chantées à nos orgies. Oui messieurs, les fameuses fêtes de Cérès à Eleusine, dont parle Horace, aussi bien que celles de Minerve à Athènes et d'Isis en Egypte n'étaient autres que des loges de nos initiés, où l'on célébrait nos mystères par les repas et les libations mais sans les excès, les débauches et l'intempérance où tombèrent les païens, après avoir abandonné la sagesse de nos principes et la propreté de nos maximes.
Le goût des arts libéraux est la troisième qualité requise entrer dans notre Ordre, la perfection de ce goût fait l'essence, la fin et l'objet de notre union. De toutes les sciences mathématiques, celle de l'architecture, soit civile, soit navale, soit militaire est, sans doute, la plus utile et la plus ancienne. C'est par elle qu'on se défend contre les injures de l'air, contre l'instabilité des flots, et surtout contre la fureur des autres hommes. C'est par notre art que les mortels ont trouvé le secret de bâtir des maisons et des villes pour rassembler les grandes sociétés, de parcourir les mers pour communiquer de l'un à l'autre hémisphère les richesses de la terre et des ondes, et enfin de former des remparts et des machines contre un ennemi plus formidable que les éléments et les animaux, je veux dire contre l'homme même qui n'est qu'une bête féroce, à moins que son naturel ne soit adouci par les maximes douces, pacifiques et philanthropes qui règnent dans notre société.
Telles sont, messieurs, les qualités requises dans notre Ordre dont il faut à présent vous découvrir l'origine et l'histoire en peu de mots.
Notre science est aussi ancienne que le genre humain, mais il ne faut pas confondre l'histoire générale de l'art avec l'histoire particulière de notre société. Il y a eu dans tous les pays et dans tous les siècles des architectes, mais tous ces architectes n'étaient pas des francs-maçons initiés dans nos mystères. Chaque famille, chaque république et chaque empire dont l'origine est perdue dans une antiquité obscure a sa fable et sa vérité, sa légende et son histoire, sa fiction et sa réalité. La différence qu'il y a entre nos traditions et celles de toutes les autres sociétés humaines est que les nôtres sont fondées sur les annales du plus ancien peuple de l'univers, du seul qui existe aujourd'hui sous le même nom qu'autrefois, sans se confondre avec les autres nations quoique dispersé partout, et du seul enfin qui ait conservé ses livres antiques, tandis que ceux de presque tous les autres peuples sont perdus. Voici donc ce que j'ai pu recueillir de notre origine dans les très anciennes archives de notre Ordre, dans les actes du parlement d'Angleterre qui parlent souvent de nos privilèges, et dans la juridiction vivante d'une nation qui a été le centre de notre science arcane depuis le dixième siècle. Daignez, messieurs, redoubler votre attention ; frères surveillants couvrez la loge, éloignez d'ici le vulgaire profane. Procul oh procul este profani, odi profanum vulgus et arceo, favete linguis.
Le goût suprême de l'ordre et de la symétrie et de la projection ne peut être inspiré que par le Grand Géomètre architecte de l'univers dont les idées éternelles sont les modèles du vrai beau . Aussi voyons-nous dans les annales sacrées du législateur des juifs que ce fut Dieu même qui apprit au restaurateur du genre humain les proportions du bâtiment flottant qui devait conserver pendant le déluge les animaux
de toutes les espèces pour repeupler notre globe quand il sortirait du sein des eaux. Noé par conséquent doit être regardé comme l'auteur et l'inventeur de l'architecture navale aussi bien que le premier grand-maître de notre Ordre.
La science arcane fut transmise par une tradition orale depuis lui jusqu'à Abraham et aux patriarches dont le dernier porta en Egypte notre art sublime. Ce fut Joseph qui donna aux égyptiens la première idée des labyrinthes, des pyramides et des obélisques qui ont fait l'admiration de tous les siècles. C'est par cette tradition patriarcale que nos lois et nos maximes furent répandues dans l'Asie, dans l'Egypte, dans la Grèce et dans toute la Gentilité, mais nos mystères furent bientôt altérés, dégradés, corrompus et mêlés de superstitions, la science secrète ne fut conservée pure que parmi le peuple de Dieu.
Moîse inspiré du Très-Haut fit élever dans le désert un temple mobile conforme au modèle qu'il avait vu dans une vision céleste sur le sommet de la montagne sainte, preuve évidente que les lois de notre art s'observent dans le monde invisible où tout est harmonie, ordre et proportion . Ce tabernacle ambulant, copie du palais invisible du Très-Haut qui est le monde supérieur, devint ensuite le modèle du fameux temple de Salomon, le plus sage des rois et des mortels. Cet édifice superbe soutenu de quinze cents colonnes de marbre de Paros, percé de plus de deux mille fenêtres, capable de contenir quatre cent mille personnes, fut bâti en sept ans par plus de trois mille princes ou maîtres maçons qui avaient pour chef Hiram-Abif grand-maître de la loge de Tyr, à qui Salomon confia tous nos mystères. Ce fut le premier martyr de notre Ordre...(lacune)... sa fidélité à garder...(lacune)... son illustre sacrifice. Après sa mort, le roi Salomon écrivit en figures hiéroglyphiques nos statuts, nos maximes et nos mystères, et ce livre antique est le code originel de notre Ordre.
Après la destruction du premier temple et la captivité de la nation favorite, l'oint du Seigneur, le grand Cyrus qui était initié dans tous nos mystères constitua Zorobabel grand-maître de la loge de Jérusalem, et lui ordonna de jeter les fondements du second temple où le mystérieux Livre de Salomon fut déposé. Ce Livre fut conservé pendant 12 siècles dans le temple des israélites, mais après la destruction de ce second temple sous l'empereur Tite et la dispersion de ce peuple, ce livre antique fut perdu jusqu'au temps des croisades, qu'il fut retrouvé en partie après la prise de Jérusalem. On déchiffra ce code sacré et sans pénétrer l'esprit sublime de toutes les figures hiéroglyphiques qui s'y trouvèrent, on renouvela notre ancien Ordre dont Noé , Abraham, les patriarches, Mose, Salomon et Cyrus avaient été lespremiers grands-maîtres. Voilà, messieurs, nos anciennes traditions. Voici maintenant notre véritable histoire.
Du temps des guerres saintes dans la Palestine , pIusieurs princes, seigneurs et artistes entrèrent en société, firent vœu de rétablir les temples des chrétiens dans la terre sainte, s'engagèrent par serment à employer leur science et leurs biens pour ramener l'architecture à la primitive institution, rappelèrent tous les signes anciens et les paroles mystérieuses de Salomon, pour se distinguer des infidèles et se reconnaître mutuellement... [et décidèrent de] s'unir intimement avec... [les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem]. Dès lors et depuis, nos loges portèrent le nom de loges de saint Jean dans tous les pays. Cette union se fit en imitation des israélites lorsqu'ils rebâtirent le second temple. Pendant que les uns maniaient la truelle et le compas, les autres les défendaient avec l'épée et le bouclier.
Après les déplorables traverses des guerres sacrées, le dépérissement des armées chrétiennes, et le triomphe de Bendocdor soudan d'Egypte pendant la huitième et dernière croisade, le fils de Henry III d'Angleterre, le grand prince Edouard, voyant qu'il n'y aurait plus de sûreté pour ses confrères maçons dans la terre sainte quand les troupes chrétiennes se retireraient, les ramena tous et cette colonie d'adeptes s'établit ainsi en Angleterre. Comme ce prince était doué de toutes les qualités d'esprit et de cœur qui forment les héros, il aima les beaux-arts et surtout notre grande science. Etant monté sur le trône, il se déclara grand-maître de l'Ordre, lui accorda plusieurs privilèges et franchises, et dès lors les membres de notre confrérie prirent le nom de francs-maçons.
Depuis ce temps la Grande-Bretagne devint le siège de la science arcane, la conservatrice de nos dogmes et le dépositaire de tous nos secrets. Des îles britanniques l'antique science commence à passer dans la France. La nation la plus spirituelle de l'Europe va devenir le centre de l'Ordre et répandra sur nos statuts les grâces, la délicatesse et le bon goût, qualités essentielles dans un Ordre dont la base est la sagesse, la force et la beauté du génie. C'est dans nos loges à l'avenir que les français verront sans voyager, comme dans un tableau raccourci, les caractères de toutes les nations, et c'est ici que les étrangers apprendront par expérience que la France est la vraie patrie de tous les peuples.
* Il est au silence fidèle une récompense assurée;
mais à celui qui aura divulgué les rites de la mystérieuse Céres, j'interdirai qu'il vive sous mon toit,
ou s'embarque avec moi sur un fragile esquif.
Horace, Odes, Livre III
source:
https://www.glnc.org/document/Le%20Discours%20de%20Ramsay.%20(1736).pdf
la bulle Ad providam Christi Vicarii
Clément V -2 mai 1312

Attribution des biens de l'ordre du Temple aux Hospitaliers
Clément, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, en mémoire perpétuelle de la chose.
À la prudente sollicitude du Vicaire du Christ, parvenu au faîte de la dignité apostolique, il appartient de mesurer l’émergence et la succession des temps, d’examiner les problèmes et leurs causes, et d’être enfin attentif aux qualités des personnes. Dirigeant sur toutes choses le regard profond d’une méditation indispensable, appliquant sa main aux décisions opportunes, il extirpera du champ de Dieu la mauvaise herbe des vices, fructifiera les vertus ; il arrachera les épines de la prévarication ; déracinant l’ivraie, il plantera en fait plus qu’il n’aura détruit, et dans les champs vidés de leurs plantes nuisibles, il repiquera la pieuse floraison des œuvres divines : par ces utiles et prévoyants échanges, il apportera la paix plus qu’il n’aura, par l’action d’une justice véritable et compatissante, porté préjudice aux personnes ni engendré la ruine de ces lieux. Tranchant ce qui résiste pour y substituer ce qui profite, il développe ainsi le progrès de la vertu, jusqu’à restaurer enfin ce qu’il avait éliminé, par l’effet de cette subrogation.
Il est advenu naguère que nous ayons dû, fort à contrecœur et non sans amertume, décider la suppression de l’ordre de la Milice du Temple de Jérusalem, du fait de souillures, obscénités et perversions diverses, moins dévoyées encore qu’inavouables, dont le Maître, les frères et autres membres de l’ordre s’étaient dans toutes les parties du monde rendus coupables (on nous permettra de taire à présent leur triste et impur rappel). Cette extinction du statut de l’ordre, de son habit, de son nom lui-même, nous l’avons, avec l’approbation du Sacré Concile, décrétée, non point sous la forme d’une sentence définitive, car selon les enquêtes et les procès intentés sur cette affaire, nous n’étions pas juridiquement en mesure de la prononcer, mais bien par la voie de provision soit ordonnance apostolique, et d’une sanction irrévocable et valide à perpétuité. Nous interdisons désormais à quiconque d’entrer dans cet ordre, d’en revêtir l’habit et de se comporter en Templier, sous peine de l’excommunication ipso facto encourue.
Quant aux biens de l’ordre, nous les avions subordonnés à la décision du Saint-Siège Apostolique. Nous défendons à quiconque, de quelque condition qu’il soit, et si peu qu’il s’y risque, d’aller contre les ordonnances qui seront prises à ce sujet par le Saint-Siège, d’y changer ou attenter en aucune manière ; d’avance, nous déclarons nulles et invalides de telles initiatives, qu’elles soient ou non prises en connaissance de cause. Et pour éviter que ces biens, naguère donnés, légués, concédés par les adeptes du Christ aux besoins de la Terre Sainte et à la croisade contre les ennemis de la foi chrétienne ou pour ces desseins, ne viennent à dépérir par l’absence d’administrateurs qualifiés, ou ne soient affectés à d’autres usages qu’à ceux que la piété des fidèles avait pour eux prévus ; pour empêcher encore qu’un retard dans les dispositions prises n’entraîne leur dilapidation, nous avons, avec nos frères Nosseigneurs les cardinaux, patriarches, archevêques, évêques, prélats, personnalités de toute sorte et procureurs des prélats, chapitres et couvents, églises et monastères, présents au Concile, tenu de difficiles et bien pénibles conciliabules : afin qu’à leur terme, de sages dispositions les emploient à l’honneur de Dieu, à l’augmentation de la foi et l’exaltation de l’Eglise, au secours de la Terre Sainte, non moins qu’au salut et au repos des fidèles. Après longue, mûre et prévoyante délibération, nous avons finalement décrété que ces biens seraient à perpétuité unis à ceux de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, dont le Maître et les frères, en véritables athlètes de Dieu et au péril de la mort, se dévouent sans relâche à la défense de la foi dans les pays d’outre-mer.
Nous donc qui, entre tous les lieux de la terre où l’observance monastique est en vigueur, avouons chérir cet ordre de l’Hôpital dans la plénitude d’un amour sincère ; nous qui constatons qu’il ne cesse, ainsi que l’évidence le démontre, de s’exercer avec vigilance aux œuvres de miséricorde : cet ordre et ces frères qui, dédaignant les séductions du monde, subordonnent tout au service du Très-Haut et combattent comme d’intrépides athlètes du Christ, en zèle et en désir, pour la récupération de la Terre Sainte, au mépris des humains périls. Nous qui considérons pareillement que, plus s’augmentent la diligence du Maître et des frères de l’Hôpital, la ferveur de leurs âmes et leur vaillance à écarter les injures que subit Notre Rédempteur et à écraser les ennemis de Sa foi, plus facilement ils sont à même de supporter les charges d’un tel état.
A toutes ces causes,… avec l’approbation du Sacré Concile, Nous donnons, concédons, unissons, incorporons, appliquons et annexons pour toujours à l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, en vertu de la plénitude de l’autorité apostolique, la maison-mère de la Milice du Temple et ses autres Commanderies, églises, chapelles, oratoires, cités, châteaux, villes, terres, granges, possessions et juridictions, rentes et droits, biens meubles et immeubles, sis outremer autant que par-deçà dans toutes les parties du monde : tels que l’ordre du Temple, le Maître et les frères de cette Milice les possédaient au temps de leur arrestation dans le royaume de France, soit au mois d’octobre mil trois cent sept ; ensemble avec les noms, actions, droits, … privilèges, indulgences, immunités et libertés à eux concédés par le Siège Apostolique, les empereurs, rois, princes, et fidèles de toute la Chrétienté, dont ils pouvaient se prévaloir.
En sont toutefois exceptés les biens du ci-devant ordre de la Milice du Temple existant dans les royaumes de Nos Très Chers Fils in Christo les rois de Castille, Aragon, Portugal et Majorque, hors du royaume de France, que nous avons cru devoir disjoindre de cette union ; les réservant à la disposition du Saint-Siège, nous renouvelons à leur propos la défense faite à quiconque d’y attenter en quoi que ce soit au préjudice de Nos ordonnances ; et ce, aussi longtemps qu’il n’en aura pas été autrement décidé par le Siège Apostolique.
Quant aux occupants ou détenteurs illicites de ces biens, quels que soient leur état, condition ou dignité, et même s’ils se prévalaient d’une autorité pontificale, impériale ou royale, qui dans le délai d’un mois après en avoir été requis par le Maître, les frères ou les procureurs de l’ordre de l’Hôpital, n’en auraient pas déguerpi ; à ceux qui leur auraient prêté conseil ou auraient fait obstacle à cette dévolution, qu’il s’agisse de personnes isolées ou de chapitres, collèges, couvents ou monastères, cités, châteaux ou villages, nous les déclarons soumis aux peines de l’excommunication d’une part, de l’interdit de l’autre ; et nous n’en décrétons pas moins que les uns comme les autres se verront en outre privés des biens qu’ils détiennent en fief de l’Eglise Romaine ou de toute autre. De telle sorte que ces biens reviennent sans nulle opposition aux Eglises dont ils dépendent, et que les prélats et recteurs de ces Eglises les administrent selon leur volonté et au profit des Eglises elles-mêmes.
Et qu’à nul homme au monde ne soit permis d’enfreindre nos présentes donation, concession, union, incorporation, application, annexion, réserves, interdictions, volontés et constitutions, ou d’oser témérairement aller contre. Qui s’y risquerait saurait qu’il encourt la colère du Dieu Tout-Puissant et de Ses Saints Apôtres Pierre et Paul.
Clément V
Donné à Vienne, le 6 des nones de mai 1312, de notre pontificat le septième.
Les Supérieurs Inconnus
Stèle du grand prieur du Temple, Amador de la Porte (1639-1644),
musée du Louvre, Paris
La particularité du grand prieur hospitalier de France plus communément appelé grand prieur du Temple1, est qu’il n'était pas nommé par le grand maître de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Malte mais à Paris, puis Versailles, par l’administration royale.
Amador de la Porte, reçu de minorité chevalier de Malte le 11 juin 1582, puis chevalier en 1584, sera le tuteur du futur cardinal de Richelieu (1585-1642) premier ministre du roi de France Louis XIII.
En 1626, c’est probablement Amador de la Porte, vice-amiral de France, qui suggère à son neveu Richelieu d’engager des chevaliers de Malte pour renforcer le corps des officiers de la Marine française.
L’ordre des Chevaliers de Malte, en tant qu’organisation internationale et ayant le souci de son indépendance, affectait de garder une honnête neutralité vis-à-vis des états européens. De plus, la religion des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, en tant que chevalerie au service de la défense de la chrétienté, s’interdisait formellement d’engager le combat contre des chrétiens.
Cependant, au XVIIe siècle, à partir du Grand Prieuré du Temple de Paris, va se mettre en place au sein de l’ordre de Malte un réseau parallèle pour recruter des chevaliers au service des armées du roi de France. Cette organisation informelle finira par devenir le poil à gratter de la Royal Navy, elle sera aussi à l'origine de la légende des Supérieurs inconnus de la franc-maçonnerie templiére.
L’un des chevaliers de Malte les plus doués de sa génération, le vice-amiral de France Pierre-André de Suffren (1729-1788) sera surnommé « l’amiral Satan » par les Anglais.

Trois ans avant la Révolution Française, le 6 juillet 1786, dans une lettre que le grand maître de l’ordre de Malte et franc-maçon Emmanuel de Rohan-Polduc (1775-1797) adresse à son ami le bailli de Suffren, il lui écrit: « Nous avons la morgue des anciens Templiers, avec une avidité qui nous mènera à la fin comme eux. »2
L’implication des chevaliers de Malte dans les guerres menées par la France en feront des cibles privilégiées pour ses ennemis. On pense notamment à cette guerre d’influence menée à travers les légendes des hauts grades de la franc-maçonnerie et particulièrement au grade templier de l’ordre sublime des chevaliers élus ou chevaliers Kadosh.
La légende de ce grade créée à l’origine par des chevaliers français dans la décennie 1740 et qui révèle aux frères francs-maçons qu’ils sont en réalité des Templiers va devenir, pendant la Guerre de 7 ans (1756-1763) qui oppose l’Angleterre et la Prusse à la France et l’Autriche, l’enjeu de toutes les manipulations.
Les premiers à réagir seront les Prussiens par l'intermédiaire d'un prisonnier français officier et franc-maçon, Jean Baptiste Dubarailh libéré en mars 1761 avant la fin de la guerre et qui débarque à Metz dans la loge " les Parfaits Amis". Sous l’autorité du franc-maçon Frédéric II, roi de Prusse, la légende du Kadosh avec comme nouvel emblème l'aigle à deux têtes va développer de nouvelles instructions secrètes transmises de bouche à oreille dans lesquelles les maçons de ce grade doivent chercher à se réapproprier les biens des Templiers, autrefois confisqués par l’ordre de Malte. Cela devait amener à la conquête de l’île de Malte.
Toujours pendant la Guerre de 7 ans, les Anglais ne seront pas de reste. En mars 1762, ils feront prisonnier un agent français, Etienne Morin, en partance pour l’île de Saint-Dominique où il doit préparer la venue de Louis-Armand-Constantin de Rohan, nommé chef d'escadre en décembre 1764 puis gouverneur de l'île de Saint-dominique en janvier 1766. Étienne Morin, négociant de son état, est franc-maçon, porteur d’une patente de Grand Inspecteur pour les territoires du Nouveau Monde délivrée par la Grande et Souveraine loge de Saint-Jean de Jérusalem établie à l’Orient de Paris. Cette patente l’autorise à diffuser le grade de Kadosh présenté comme le nec plus ultra de l’Art Royal. Cette patente, datée du 27 aout 1761, est signée par plusieurs hauts dignitaires de la franc-maçonnerie française parmi lesquels on retrouve le prince de Rohan Louis-Armand-Constantin, cousin du futur grand-maître de l’ordre de Malte, Emmanuel de Rohan-Polduc, lui aussi franc-maçon, et par le chevalier Maximilien-Henri de Saint Simon, marquis de Sandricourt cousin du très influent Claude de Saint-Simon (1694-1777), chevalier de Malte reçu en 1727, grand croix de l'ordre de Malte en 1735, général des galères de l'ordre, puis bailli de l'ordre en 1736 et plusieurs fois ambassadeur de l'ordre, à Naples, en Sicile et à Paris.
Pendant sa captivité en Angleterre, Étienne Morin sera retourné par le contre-espionnage anglais. De retour dans l’île de Saint-Dominique en 1763, affublé d’un agent de liaison dénommé Henry Andrew Francken, Étienne Morin va diffuser une légende du chevalier Kadosh où il est affirmé en toutes lettres cette fois-ci: « Ils (les Templiers) jurèrent une haine implacable aux chevaliers de Saint Jean qui possèdent encore aujourd’hui tous leurs biens. Cette haine fait partie de l’obligation ou du serment des grands élus chevaliers templiers.»3 Au cas où le message n’était pas assez clair, les Anglais rajouteront un peu plus loin: « N’ a-t-on pas essayé de vous préparer à la haine implacable que vous avez juré aux chevaliers de Malte sur qui vous devez venger la mort de Jacques de Molay.4
Petit détail croustillant, contrairement à la version française de Quimper 1750 du chevalier Kadosh, où les Templiers après la destruction de leur ordre se seraient réfugiés en Écosse5 : dans la version Saint-Dominique 1764, il est dit, concernant les Templiers : "ceux qui avaient échappé à la persécution et s'étaient retirés dans l'isle de Rhodes furent obligés de se déguiser."6. On remarque qu'à cette époque les Anglais se méfiaient beaucoup des Écossais et qu'ils préferaient encore voir les Templiers déguisés en chevaliers hospitaliers plutôt que de légitimer la version écossaise. Autre détail révélateur, les Anglais se trompent sur le nom du pape qu'ils appellent Clément six au lieu de Clément cinq.
En opposant farouchement les frères templiers aux chevaliers de Malte en pleine guerre contre la France, Londres et Berlin démontraient qu’ils n'étaient pas dupes et qu’ils savaient pertinemment qui se cachait derrière le grade maçonnique du chevalier Kadosh. D'ailleurs, cela ne devait pas être si difficile que cela à deviner, puisqu'une indiscrétion sur le rituel du Kadosh de la part du sieur Cadet de Gassicourt en 1794, nous révèle que les frères maçons de ce grade: " se prennent les mains comme pour se poignarder. Ils portent, pour se reconnaître, un anneau d'or émaillé de rouge; et dans le cas de danger ils ont sur la poitrine une croix de Malte de drap écarlate. Lorsqu'ils entrent dans une loge, ils ont seuls le droit de traverser dans le milieu du tapis qui est vis-à-vis le trône. Tous les francs-maçons des loges ignorent qui ils sont."7
Parmi les chevaliers de Malte au service de la France qui ont proposé une belle opposition à la Royal Navy, on peut citer l'amiral François Joseph Paul comte de Grasse, marquis de Tilly (1722-1788).8

Ce chevalier de Malte, reçu de minorité en 1733, page du grand maitre de l'ordre de Malte, puis enseigne sur les galères de l'ordre, entre dans la marine royale en 1740. Ce chevalier de Malte s'est illustré lors de la bataille décisive de la baie de Chesapeake. Cette victoire navale le 5 septembre 1781 a permis aux troupes franco-américaines, sous le commandement de George Washington, du marquis de Lafayette et du général français Rochambeau, d'obtenir la victoire à Yorktown le 19 octobre 1781, assurant ainsi l'indépendance des États-Unis d'Amérique. L'amiral anglais George Brydges Rodney reconnaîtra: " La France a remporté la plus grande victoire et rien ne peut plus sauver l'Amérique".

Le 17 septembre 1781, L'amiral de Grasse reçoit le général Georges Washington à bord de " la Ville de Paris " vaisseau amiral de la flotte Française.
Le grand prieuré du Temple de Paris et la tradition écossaise
Les relations entre la France et l’Écosse ont toujours été scellées sous le sceau de la Auld Alliance. La plus vieille alliance du monde9 dura de l’an 1295 jusqu’à la défaite franco-écossaise de Culloden contre les Anglais en 1746.
Officiellement, la Auld Alliance n’a duré que de 1295 jusqu’en 1560 où, par le traité d’Edimbourg, le parlement écossais, à majorité protestante, rompt définitivement avec la France catholique pour se rapprocher de l’Angleterre devenue anglicane en 1534.
En 1540, le roi d’Angleterre Henri VIII confisque tous les biens de l’Église catholique dans son royaume, notamment ceux de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem devenu Ordre de Malte. Le chevalier de Malte David Gonson, qui proteste contre cette décision, est emprisonné à Londres. Le 12 juillet 1541, il sera pendu, traîné sur une claie jusqu’à la potence et équarri, c’est-à-dire démembré puis décapité.

La reine d’Angleterre, Elisabeth Ière, fille d’Henri VIII, après son couronnement à Westminster le 15 janvier 1559, confirmera l’expulsion de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem du royaume d’Angleterre. En Écosse, en 1563, le précepteur des Hospitaliers de Porphichen, Jacques de Sandilands, malgré sa conversion au protestantisme est contraint de rendre les domaines de la grande commanderie de Porphichen à la couronne écossaise. La reine catholique d’Écosse, Marie Stuart, témoignant de la confiance qu’elle portait à l’ancien précepteur hospitalier de Porphichen, lui restitua, moyennant une somme modeste, les domaines de la grande commanderie sous la forme d’une baronnie héréditaire avec le titre de lord.10
Après l’expulsion des chevaliers de Malte du royaume d’Écosse, un chevalier de Malte écossais Jacques Irvin tenta bien d’organiser la résistance depuis Paris. Mais dès qu’il débarqua en Écosse en 1573, il fut emprisonné et torturé. Même si un an plus tard il est libéré, ce chevalier sera dorénavant sous étroite surveillance.
Cependant, la monarchie écossaise de la dynastie des Stuart, représentée par Marie Stuart puis par son fils Jacques VI, désira malgré tout continuer en secret l’alliance avec la France à l’insu du parlement écossais. Il semblerait que cette diplomatie secrète ait en grande partie reposé sur le Grand Prieuré du Temple de Paris.
En effet, à partir du 12 avril 1554, la Très Catholique Marie de Guise, mère de Marie Stuart, assume la régence du royaume d’Écosse en lutte contre les ambitions du royaume d’Angleterre. Cette lutte est conforme aux engagements de la Auld Alliance, renouvelée par le traité d’Edimbourg du 15 décembre 1543 et signé par l’héritière du royaume d’Écosse, Marie Stuart. Dans cette guerre menée contre l’Angleterre mais aussi contre l’expansion de l’influence du mouvement presbytérien en Écosse, Marie de Guise compte sur la France et particulièrement sur sa puissante famille des ducs de Guise de la maison de Lorraine. Un des frères de Marie de Guise était François de Lorraine (1549-1563), grand prieur du Temple de Paris, qui sera nommé en 1558 général des galères de la marine française.

Quand les troupes anglaises assiègent le port écossais de Leith, François de Lorraine, le grand prieur, est chargé en 1560 d’armer une flotte de galères pour casser le blocus du port écossais par les Anglais.
Mais la mort de Marie de Guise survenue le 11 juin 1560 fait tomber le parti catholique en Écosse. Par le traité d’Edimbourg du 6 juillet 1560, les parlementaires écossais ordonnent l’expulsion des soldats français du royaume, puis, en août 1560, proclament le protestantisme comme religion d’état.
Malgré cela, Marie Stuart, reine d’Écosse, qui réside en France depuis août 1548,11 reste attachée à sa foi catholique et revient en Écosse en 1561, escortée par son oncle, François de Lorraine, grand prieur du Temple de Paris.

Depuis ce jour jusqu’à la fin dernière de la secrète alliance, l’implication du Grand Prieuré du Temple de Paris se fera ressentir. Lors de la défaite de Culloden le 16 avril 1746, les troupes françaises qui soutenaient les Écossais étaient commandées par Alexander Jean-Baptiste Boyer, marquis d’Éguilles. Il se trouve que le marquis d’Éguilles avait été reçu chevalier de Malte non profès en 1725, puis garde étendard sur les galères de Marseille, sous le commandement du grand prieur du Temple de Paris, Jean Philippe d’Orléans (1719-1748). Ces deux chevaliers de Malte faisaient aussi partie de la même société savante à Marseille.
Ce qu’il ne fallait surtout pas dire et qui finit par être révélé par le chevalier écossais André-Michel Ramsay est que les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, et plus particulièrement le Grand Prieuré du Temple de Paris, ont activement participé à la constitution de la franc-maçonnerie écossaise pour préserver la Auld Alliance.
Cette société secrète, élaborée et imaginée du temps de Marie Stuart et de son fils Jacques VI, petit neveu du grand prieur, semble avoir été effective à partir de l’année 1599 avec la réforme des loges des maçons opératifs écossais par William Shaw, nommé maître des travaux du roi en décembre 1583.
Dans l’année 1583, William Shaw avait accompagné en France l’ambassadeur du roi Jacques VI d’Écosse, Georges Seton, qui avait pour mission secrète de maintenir la Auld Alliance et de suivre les conseils du duc de Guise.12
Pour la petite histoire, en 1594, pour le baptême de son fils Henri, Jacques VI, roi d’Écosse, fit construire la chapelle du château de Stirling selon les mesures du Temple de Salomon. La nouvelle chapelle fut élevée par William Shaw.
Pendant les festivités du baptême, un tournoi fut organisé où le roi d’Écosse, Jacques VI se présenta à cheval, accompagné de deux autres chevaliers, portant l’habit des chevaliers de Malte. À travers cette festivité, le roi Jacques VI liait la construction du Temple de Salomon à un hommage à un ancien ordre de chevalerie de Terre Sainte, celui de son grand-oncle, le grand prieur du Temple de Paris. Inutile de dire qu’en Écosse, dans les milieux presbytériens, cette apparition du roi en chevalier de Malte fit scandale.
La gnose Templière des rois mages chez les chevaliers Hospitaliers
Il y a un autre sujet dont il ne faut absolument pas parler concernant les Supérieurs Inconnus: la présence au sein de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes, puis de Malte, d’un courant gnostique lié à la tradition des Rois Mages. Pour le Florentin Marsile Ficin (1433-1499), les Mages représentent un maillon considérable dans la chaine de la prisca théologia, étant les héritiers d'une sagesse ancestrale transmise de génération en génération depuis Hermès Trismégiste. En France, cette tradition des Rois Mages est représentée par l'humaniste Guillaume Postel (1510-1580), qui a participé en 1535 à une ambassade auprès de la Sublime Porte à Istanbul avec le chevalier de Malte Jean de la Forest. En 1551, c'est le cardinal Charles de Lorraine, frère du grand prieur du Temple de Paris, François de Lorraine, qui introduit Guillaume Postel auprès du roi de France Henri II. Guillaume Postel publiera en 1580, un ouvrage sur les Rois Mages "De magia orientali" qui semble avoir été destiné à la Grande Bretagne.
Dans son ouvrage "Le Thresor des propheties de l'univers" écrit vers 1551, Guillaume Postel défend le savoir occulte des mages contre ceux qui prétendent que ce fut la Bible et le prophète Balaam qui leur fournit leur prophétie, Nb XXIV, 17.: " Je le vois, mais ce n'est pas pour maintenant; je l'observe, mais non de près; de Jacob monte une étoile, d'Israël surgit un sceptre qui brise les tempes de Moab et décime tous les fils de Seth". L'argumentation de Guillaume Postel est essentiellement géographique :" Il ne fault penser à ce que nos docteurs chrétiens ont escrit que les troys roys Mages ou Maoghin eussent leu ou veu la profetie de Balaam, comme s'ils eussent esté d'un mesme pays ou voisins, et d'une mesme profession de doctrine, car ils estaient de plus de 2000 et 200 lieues plus orientauls, et plus loing de la Judée que la posterité de Balaam." Dans l'église templière de Montsaunès en Comminges, il existe une des rares représentations du prophète Balaam dans une église chrétienne en occident et sur l'un des chapiteaux de cette église templière, on peut aussi admirer la scène de l'adoration des mages.

C'est à travers ce courant gnostique des rois mages que les chevaliers hospitaliers se revendiquaient d’une tradition secrète des Templiers, non sans quelque argument si l’on s’en réfère aux fresques et décors de la commanderie templière de Montsaunès en Comminges qui devient une possession hospitalière après le concile de Viennes en 1312.
Nos recherches laissent entrevoir que ce courant gnostique de tradition templière présent au sein de l’ordre de Malte trouve sa source chez les moines cisterciens de Morimond,13 la filiale la plus germanisante de l’univers de la Stricte Observance bénédictine, et plus particulièrement avec l’abbé de Morimond, Otton de Freising (1112-1158).
Otton, abbé cistercien en 1138, devenu évêque de Freising (1138-1158), est le premier en Occident à écrire au sujet du mystérieux Prêtre Jean, descendant des Rois Mages, qui se propose de secourir la Terre Sainte. Otton de Freising n’est pas n’importe qui puisqu’il est le demi-frère de l’empereur germanique Conrad III et l’oncle de l’empereur germanique Frédéric Barberousse.
Otton de Freising participe à la Seconde Croisade, prêchée par Saint Bernard, qui devait libérer la cité d’Édesse, tombée aux mains des musulmans en 1144. L’antique cité d’Édesse était en Orient depuis le début du christianisme le centre spirituel d’une gnose chrétienne, la gnose séthienne qui mettait en avant la figure des rois mages. C’est à travers le thème des rois mages, qui grâce à leur connaissance des sciences occultes savent reconnaître les signes annonciateurs de la venue du Messie, que va s’immiscer au sein des ordres de chevalerie de Terre Sainte une sagesse venue du fond des âges.
Le grand prieur du Temple de Paris, Philippe de Villiers de l'Isle-Adam (1519-1521) nommé grand-maître de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et de Rhodes ( 1521-1534), nous offrira une vision de sa dévotion dans cette représentation de l'adoration des mages.
Quant au grand prieur du Temple de Paris, François de Lorraine ce qui attire notre attention se trouvait dans l'hôtel des Ducs de Guise à Paris.

François, duc de Guise (1520-1563) frère ainé du grand prieur, fait aménager à partir des années 1553 une chapelle décorée sur le thème de l'adoration des mages à l'exemple de la chapelle des rois mages du palais des Médicis à Florence. La chapelle des Guise de la maison de Lorraine est confiée au soin de Francesco Primaticcio et Nicolò dell'Abbate. Hélas ces peintures ont disparu dans les années 1803-1808. Il ne nous reste aujourd'hui que quelques copies en dessin réalisées par Abraham van Diepenseck sur lesquelles on constate que le duc de Guise se fait représenter en roi mage.

Suivre la piste des rois mages c’est entrer dans le monde très élitiste et occulte de la gnose, un monde raffiné qui apprécie les réunions festives où l’on porte des masques et qui cultive la débauche, l’entre-soi et l'idolâtrie. Avant d'intervenir sur l'hôtel du duc de Guise, Francesco Primaticcio avait réalisé au château de Fontainebleau le décor de la chambre de la duchesse d'Etampes, maîtresse du roi de France François Ier (1494-1547). Dans ce décor en stuc, figurent des nymphes, des satyres et la figure du bouc satanique en maître de cérémonie. Fille d'honneur de Louise de savoie mère de François Ier, La maîtresse du roi passait pour la plus belle des savantes et quand on s'impreigne de l'atmosphère du lieu, on se dit que la duchesse d'Etampes aurait très bien pu tenir le rôle de "grande prêtresse" dans des scéances de débauche collective.

Un fidèle du grand prieur François de Lorraine, devenu ambassadeur de France à Londres entre les années 1576-1585 cherchera à défendre la réputation des gnostiques et des Templiers. Michel de Castelnau Mauvissière (1517-1592) qui a servi sous le commandement de François de Lorraine écrira dans ses mémoires : "[...] les Templiers sous le règne de Philippe le Bel, lesquels on accusait de manger les petits enfants, et d'en crucifier un le jour du Saint Vendredi. Mais les histoires publiées de ce temps là en Allemagne, portent que c'était une pure calomnie que l'on leur imposait pour avoir leurs biens, comme il fut fait.14 Toutefois cette accusation, impieté, n'était pas nouvelle, puisque l'on voit et tient-on pour histoire certaine et véritable, que les Gnostiques et Barbelites furent atteints et convaincus de se souiller de paillardises incestueuses, sous voile de Religion [...]".15
Faire une association d'idées entre les Templiers et les gnostiques ne doit plus nous surprendre, d'autant plus que monsieur l'ambassadeur de France, Michel de Castelnau Mauvissière hébergera généreusement à Londres, en 1583, le mage gnostique Giordano Bruno, spécialiste de l'art de la mémoire,16 qui finira brûlé vif, condamné par la Sainte Inquisition à Rome, le 17 février 1600. Rappelons le, l'art de la mémoire selon Giordano Bruno est d'abord une méthode savante pour communiquer avec les démons. Entre-temps les dîners à l'ambassade de France à Londres devaient être instructifs puisqu'on y remarque des personnalités comme le poète William Fowler qui se vantera d'avoir initié le roi Jacques VI d'Écosse à l'art de la mémoire.17
Art de la mémoire qui finira par s'imposer dans la deuxième version des statuts de la nouvelle franc-maçonnerie écossaise publiés le 28 décembre 1599 par William Shaw. Il semblerait que le roi Jacques VI d'Écosse "le nouveau roi Salomon de Grande Bretagne" aurait été reçu franc-maçon par John Mylne dans la loge écossaise de Scoon, en 1601.18

Quand le pasteur presbytérien James Anderson publie à Londres en 1723 Les constitutions de la franc-maçonnerie, un Irlandais pourtant membre de l'église anglicane lui rappellera quelques opinions en vigueur au sein de la franc-maçonnerie de cette époque. Dans une lettre satyrique attribuée à Jonathan Swift et publiée à Dublin en 1724 il est dit : " [...] Après l'accession au trône d'Angleterre du roi Jacques VI, celui-ci rétablit la franc-maçonnerie, dont il était grand maître, tant en Écosse qu'en Angleterre. Elle avait été entièrement supprimée par la reine Élisabeth, car elle ne pouvait en percer le secret. Toutes les personnes de qualité, suivant l'exemple du roi, se firent admettre francs-maçons [...] Mais certains objecteront peut-être: comment votre gardien non assermenté a-t-il acquis cette connaissance raffinée et rare du grand art ? Ce à quoi je réponds : que la branche de la loge du Temple de Salomon, plus tard appelée loge de Saint-Jean de Jérusalem, sur laquelle notre gardien a fort heureusement atterri, est, comme je peux facilement le prouver, la plus ancienne et la plus pure qui soit actuellement sur Terre; d'où provient la célèbre et ancienne loge écossaise de Kilwinning, dont tous les rois d'Écosse ont été, de temps à autre, grand maîtres, sans interruption, depuis l'époque de Fergus, qui y régna il y a plus de deux mille ans, bien avant les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ou les Chevaliers de Malte; à ces deux loges, je dois néanmoins reconnaître l'honneur d'avoir orné l'ancienne maçonnerie juive et païenne de nombreuses règles religieuses et chrétiennes.[...] "19
La fin du secret et les débuts de la démocratie ?
C'est à deux pasteurs que l'on doit la mise en lumière d'une organisation qui jusque là était restée dans l'ombre. Jean-Théophile Désaguliers ( 1678-1739), pasteur anglican né en France , membre de la Royal Society en 1714 et James Anderson (1678-1739), pasteur presbytérien écossais, portèrent une idée qui à première vue paraissait saugrenue, celle de publier une constitution concernant une société qui devait rester inconnue. Constitution qui affirme : " un Maçon est obligé de par son Titre d'obéir à la Loi Morale et s'il comprend bien l'Art, il ne sera jamais un Athée stupide ni un Libertin irreligieux.". On imagine que ce genre de propos a dû faire s'étrangler beaucoup de nobles initiés et pas seulement des français.
Aujourd'hui nous savons que la Grande Loge de Londres et de Westminster fondée le 24 juin 1717, jour de la fête de la Saint-Jean, n'a pas créé la franc-maçonnerie spéculative, mais l'a plutôt éclairée. Dans ses mémoires, Elias Ashmole (1617-1692), rompt avec le sacro-saint secret et confirme qu'il fut initié dans une loge de francs-maçons à Warrington en Angleterre, le 16 octobre 1646. Et puis, avec le temps, les langues se délient et on apprend grâce à une indiscrétion d'André-Michel Ramsay faite à Anton von Geusau en 1741 que "la restauration de Charles II sur le trône d'Angleterre avait d'abord été décidée dans une assemblée de francs-maçons parce que le général Monck en était membre et qu'il avait pu ainsi ourdir son complot dans la plus grande discrétion". Charles II Stuart sera couronné roi d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande le 23 avril 1661 en l'abbaye de Westminster.
Avant cela, un autre personnage fut un agent zélé de la Auld Alliance et un franc-maçon notoire. Il s'agit de Robert Moray (1609-1673), un écossais serviteur de la France et de la dynastie des Stuart. Robert Moray est reçu franc-maçon le 20 mai 1641 à Newcastle par les membres de la loge Chapelle Marie d'Édimbourg, ensuite il sera anobli par le roi Charles Ier Stuart (1625-1649). Robert Moray avait fait la dernière partie de ses études en France puis avait servi dans l'armée du roi de France Louis XIII au sein de la garde écossaise, où il atteint le grade de colonel. On ignore si à cette époque il fréquente l'enclos du Temple de Paris, comme le feront plus tard d'autres écossais jacobites comme Antoine Hamilton (1646-1720) ou John Erskine de Mar (1675-1732), mais Robert Moray est l'archétype de ces humanistes qui s'intéressent à l'architecture, la géométrie, à l'Égypte ancienne, à Hermès Trismégiste ainsi qu'à l'alchimie. Robert Moray fit construire un laboratoire d'alchimie au sein même du palais royal de Whitehall à Londres grâce à l'appui de son ami personnel le roi Charles II Stuart (1660-1685). Moray est aussi lié, à travers l'obtention de deux chartes datées de 1662 et 1663, signées par le roi Charles II, à la fondation de la Royal Society qui a joué un rôle non négligeable dans l'esprit de la réforme de la franc-maçonnerie londonienne au début du XVIIIe siècle.

Il faut bien l'admettre, avec la constitution de la Grande Loge de Londres en 1717, un vent nouveau souffle en Europe qui va bousculer les habitudes de ces chevaliers qui s'enorgueillissaient de posséder une connaissance secrète. Connaissance qui n'avait d'autre but que d'envoyer leurs précieuses âmes jusqu'au plérôme Divin et qui se résume par cette sentence :"Ô Asclepius, quel grand miracle que l'homme, être digne de respect et d'honneur. Car il s'approche de la nature divine comme s'il était lui-même un dieu ; il entretient des rapports familiers avec la race des démons, car il sait qu'il partage leur origine, il méprise la part de sa nature qui n'est qu'humaine parce qu'il a mis son espérance dans la divinité de son autre partie."
En 1530, grâce à l'entremise du cardinal Jean de Lorraine, oncle du grand prieur du temple Paris François de Lorraine, le roi de France François Ier, rencontre le divin Giulio Camillo (1480-1544) qui aurait inventé à Venise un théatre de mémoire capable d'invoquer les 7 Archontes, les démons les plus puissants qui présides les 7 planètes. Tous cela pour la modique somme de 2000 écus d'or par an. Même si la perspective de devenir un véritable démiurge est attrayante, on conviendra que la communication avec les démons est un peu cher. Le roi accordera une avance de 600 écus d'or pour que le divin homme retourne à Venise construire son théatre et l'apporter à Paris en en réservant l'exclusivité au seul roi de France.
Après la mort du roi François Ier en 1547, on constate qu'à Paris la dévotion aux démons n'a pas disparu avec lui. Le décor du plafond du grand escalier du palais du Louvre réalisé en 1551, démontre qu'Henri II (1519-1559) est resté fidèle à la vision démoniaque de son père. Le cerf roi de la Forêt surmonté du croissant de lune symbole du roi Henri II, est accompagné de ses fidèles satyres et autres bêtes à cornes. Le roi de France Henri II est marié avec Catherine de Médicis, reine noire, qui s'entoure de mages et d'astrologues comme Nostradamus et le sulfureux Cosimo Ruggieri. Catherine de Médicis porte toujours sur elle un abraxas secret, qui comporte une évocation au démon Asmodée, un seigneur de l'enfer, pour capter l'amour de son époux et éloigner ses rivales.

Détail qui a son importance, le décor de l'escalier du palais du Louvre à Paris à été réalisé par l'artiste Jean Goujon. Il se trouve que Jean Goujon est aussi l'auteur des gravures du songe de Poliphile dans sa version française imprimée en 1546. Le songe de Poliphile est un ouvrage savant que le diable en personne aurait pu écrire.

Après François Ier, Henri II, voici le petit-fils, Henri III ( 1551-1589), dit le roi "sorcier" réputation sans doute lié à son intérêt pour l'art de la mémoire, comme nous le confirme le mage gnostique Giordano Bruno : "j'acquis un tel renom que le roi Henri III me fit appeler un jour, et me demanda si cette mémoire que je possédais et que j'enseignais, était une mémoire naturelle ou si elle était obtenue par la magie; je lui démontrais qu'elle n'était pas obtenue par la magie; mais par la science. Après cela, j'imprimai un livre sur la mémoire que j'intitulai De umbris idearum et je le dédiai à Sa Majesté; à cette occasion, il me fit lecteur extraordinaire et appointé [...] "
Dans ses mémoires Pierre de l'Estoile (1546-1611) nous dit : " aussi vit-on bientôt trente mille sorciers, alchimistes, devins et astrologues vivre du produit de la superstition parisienne. Tout ce que la ville et la cour comptent de notabilités, croit plus ou moins à l'autorité diabolique des magiciens, à l'attraction du mauvais oeil, aux dangers mortels de l'envoutement".
Au XVIe siecle, avec la dynastie des Valois-Angoulême, jusqu'à la Contre-Réforme catholique, Paris est corrompu jusqu'à la moelle, il n'y a qu'à lever les yeux au palais du Louvre pour s'en rendre compte. Mais la Contre-Réforme ne concerne pas le royaume protestant d'Écosse, Il est à craindre que le roi d'Écosse Jacques VI ne vaut guère mieux que ses alliés secrets les Valois et dans son ouvrage Daemonologie publiée en 1597, Jacques VI trouve que les actes des démons, malgré leurs tentatives de faire l'inverse, serviront à la gloire de Dieu (sic). Le fait que le roi d'Écosse Jacques VI participe activement à un procès en sorcellerie, pouvait être une manière de faire taire la rumeur populaire qui voulait que la cour du roi était ensorcellée. Il y a toujours eu un mépris de classe des gnostiques savants qui font partie de la haute noblesse et qui utilisent les démons pour élever leur âme jusqu'au plérôme Divin, envers cette sorcellerie populaire qui frabrique des remèdes de bonne femme pour conjurer le sort des pauvres gens.
Il semblerait que le roi d'Écosse Jacques VI fut très tôt initié à l'esprit de la gnose, dès l'adolescence. À l'occasion de la grande fête organisée en son honneur au palais de Holyrood pendant le jour de l'épiphanie de 1580, les deux poèmes écrits par Alexander Montgomerie font allusion aux Rois Mages qui rendent visite au roi Salomon qui n'est autre que le jeune roi, " A cartell of the thre ventrous knichts " et " the navigation". Dans cette "navigation", les rois mages se dirigent vers le nord en Écosse. Il est dit :" Nous devons naviguer vers le septentrion, vers le Nord, et vers la région saine que nous appelons l'Écosse, comme on nous l'a rapporté. De renommée errante, bien que toujours présente. Quhair commence bientôt à parler d'un roi si sage, vif et pieux, un Salomon pour la justice et le jugement [....] ". On remarque aussi que cette navigation passe par l'île de Rhodes ainsi que par Malte. Doit-on y voir une référence aux chevaliers hospitaliers? : " Nous fîmes voile vers Rhodes par la voie royale ". puis :" Entre Malte et la Sicile, nous avons pris la route. Le vent est venu rapidement ". Autre affirmation concernant le pilote du navire, il est précisé :" Quand à moi, je suis né en Allemagne, mais cette mode, bien que je la porte, est vieille; bien que le temps n'ait jamais pu me faire changer, même si j'ai été dans de nombreux pays étrangers ". L'association entre le thème des Rois Mages et celui de Salomon pourrait très bien être une des caractéristiques de la gnose templière. Ce qui est intéressant à relever dans le poème, c'est la référence à la nature allemande de cette navigation. N'oublions pas que les reliques des Rois Mages se trouvent dans la cathédrale de Cologne en Allemagne.
Si les Supérieurs Inconnus du grand prieuré du Temple de Paris ont participé à la création en 1599 de la franc-maçonnerie écossaise, cela pourrait signifier que cette franc-maçonnerie était d'essence royale, templière et " Jupitérienne ", la version renaissance de " Luciférienne ". Quelle conséquence sur le rituel maçonnique écossais ? Difficile à dire. Mais intégrer l'art de la mémoire dans les statuts de la nouvelle maçonnerie démontre que les loges écossaises fonctionnaient comme des antichambres de la cour royale. Cela pouvait permettre à certains initiés d'être admis à la cour du roi, voir d'être anobli comme ce fut le cas pour Robert Moray en 1643. Une fois l'initié intégré à la cour, il pouvait participer aux banquets, bals masqués et autres fêtes dionysiaques qui débutent dans les grandes salles des châteaux des rois jupitériens, comme celui de Fontainebleau avec son décor suggestif, et qui finissent dans la chambre de la favorite du roi ou du favori.
Ce qu'il faut comprendre est que pour entrer en contact avec son démon il ne suffit pas de maîtriser l'art de la mémoire, il faut aussi pratiquer une sexualité "libertine". C'est en juin 1682 que la roi de France Louis XIV découvre avec horreur qu'à la cour de Versailles une société secrète de Templiers pratiquaient l'homosexualité pour initier ses membres. Dans ce scandale des princes du sang étaient compromis Louis de Bourbon, comte de Vermandois (1667-1683) et François-Louis de Bourbon-Conti (1664-1709) et parmi les "Grands-Prieurs" de ces Templiers figure le chevalier de Malte Gabriel de Cassagnet dit le chevalier de Tilladet. C'est probablement ces Templiers qui donneront naissance à la " société du Temple " créée sous l'autorité du grand prieur du Temple de Paris Philippe de Vendôme ( 1678-1719 ) qui selon Saint-Simon était " au poil et à la plume " (bisexuel). Ces gnostiques templiers tous issus de la noblesse n'avaient pas grand chose à voir avec cette franc-maçonnerie londonienne d'obédience hanovrienne rigoureuse et moralisante qui diffuse les trois degrés symboliques des loges bleues : apprenti, compagnon et maître. Dans ces conditions la tentation de la noblesse gnostique d'utiliser les loges d'obédience écossaise pour développer en France les hauts grades d'une chevalerie maçonnique paraît inévitable. Même si l'écossais Andrew-Michael Ramsay ne fait pas partie de la " société du Temple ", devenu le chevalier de Ramsay, il sera en contact étroit avec un certain nombre de ses membres.
C'est pour cette raison, qu'il faut saluer dans les Constitutions d'Anderson le retour aux fondamentaux, c'est à dire à cet esprit de géométrie qui reste le socle de notre légitimité de citoyen, pour tous ces hommes qui naissent et demeurent libres et égaux en droit. Nous constatons avec satisfaction, probablement sous l'influence de la Royal Society et de son nouvel esprit scientifique, de la disparition des hallucinations sur l'astrologie, l'alchimie, la magie et les démons. Dans les constitutions d'Anderson nous retenons pour, l'Histoire, les références à Seth, aux chaldéens et mages, au temple de Salomon et aux rois d'Écosse :" le roi Jacques VI d'Écosse succéda à la Couronne d'Angleterre. C'était un Roi-Maçon, et il ranima les Loges Anglaises [....] À la mort du roi, son fils, le roi Charles Ier - qui était aussi un Maçon - protégea également M. Jones [....] on a de bonnes raisons de croire que le roi Charles II fut Franc-Maçon Accepté,[....] ". Et en guise de conclusion ce dernier passage : " Qui plus est, on pourrait démontrer, si nécessaire, que les Sociétés ou Ordres de Chevalerie Guerrière, comme les Ordres Religieux, empruntèrent par la suite à notre ancienne Fraternité beaucoup d'usages solennels."
La Forêt de symboles
En France, il y a un ouvrage qui va cristalliser la démarche initiatique des Supérieurs Inconnus. Cet ouvrage rédigé en italien sera précieusement gardé par un chevalier de Malte resté anonyme qui l'avait confié à son ami Jacques Gohory (1520-1576) pour qu'il soit traduit en français et publié. Jacques Gohory nous dit :"Un chevalier de Malte, homme de talent habile et cultivé, avait d'abord tracé les grandes lignes [du texte], et m'avait instamment demandé de le lire avec soin". Il sera publié à Paris en 1546 par l'imprimeur Jacques Kerver sous la direction de Jacques Gohory avec une traduction de Jean Martin sous le titre " Discours du songe de Poliphile".

L'ouvrage est dédicacé à Henri de Lenoncourt, chevalier de l'ordre, lieutenant de 50 hommes d'armes des ordonnances du roi sous la charge du Grand Prieur de France et le blason du chevalier de Lenoncourt est assez évocateur.

En France, l'histoire commence dans une forêt quand :" un de nos roy chassant un jour en cette forest, il arriva qu'un chien appellé Bleau ou Bliau, s'estant égaré de la chasse, comme l'on le cherchait, (....) il fut trouvé auprès d'une fontaine au milieu de cette forest où il se rafraichissait, lassé du travail de la chasse, et parce que cette fontaine n'estait pas cognue et que ce chien semblait en avoir donné la cognoissance, elle fut depuis appellée la Fontaine de Bleau". En 1542 le roi de France, François Ier (1492-1547), vint à Paris rendre visite à l'artiste Benvenuto Cellini dans son atelier, il aurait admiré ses ouvrages, puis évoqué avec Madame la duchesse d'Étampes, sa maîtresse, son cher Fontainebleau. L'idée du roi était d'avoir au-dessus de la porte du château, un grand relief représentant la Source de Fontainebleau avec une nymphe dont le bras est posé sur le cou d'un cerf, lequel était une devise du roi.

En guise des deux colonnes sur les côtés de la porte, le projet prévoyait deux grands satyres.

Seuls les initiés pouvaient comprendre où menait la porte du château de Fontainebleau.

Dans cette gravure du Songe de Poliphile, l'inscription signifie : " A la mère de toutes choses ", avec un superbe Oméga majuscule. Le Songe de Poliphile apparaît comme la bible des libertins puisque après avoir rendu hommage à Eleuthérilide la reine du libre arbitre, Poliphile va connaître les délices de l'amour dans l'île de Cythère. Pélerinage initiatique que tous les libertins rêvent de faire. Ils seront bien accueillis par la grande prêtresse des lieux, qui ressemble beaucoup à cette Diotime de Mantinée dont nous parle Socrate dans le banquet de Platon et qui nous explique que l'amour est un puissant démon dont la fonction est de relier les mortels aux immortels. C'est aussi à travers ce démon nommé Amour que l'on accède au Beau dans toute son unicité platonicienne. La prêtresse Diotime est une magicienne qui fait commerce avec les démons pour ce qui concerne les sacrifices, les initiations, les incantations, et les vaticinations en général. Pour Proclus, Diotime était une pythagoricienne. Ce qui est sûr, c'est que Poliphile ne fait pas que forniquer avec les nymphes, il découvre aussi les secrets de l'architecture antique.

Grâce à son précepteur François Demoulins de Rochefort (1470-1526), il semblerait que le roi de France François Ier ait été initié très jeune aux plaisirs de l'île de Cythère. Cela fait que le Songe de Poliphile est la clef de lecture secrète du décor de son cher château de Fontainebleau. Au-dessus de la fameuse porte du château de Fontainebleau devait être placée une salamandre avec sa devise "Nutrico et extinguo", "je m'en nourris et je l'éteins" (le feu), ou peut-être (le démon de l'amour).
Aujourd'hui on s'accorde à penser que l'origine et la signification de la salamandre et de sa devise se cache dans le songe de cet amant de la sagesse que fut Poliphile. Cette oeuvre rédigée en 1467 est attribuée sans certitude au moine dominicain Francesco Colonna (1433-1527) et imprimée pour la première fois à Venise en 1499.

L'oeuvre de Francesco Colonna fait partie de la littérature gnostique, avec toutes ses obsessions sur l'âme humaine injustement plongée dans la forêt obscure de ce monde hostile et qui cherche désespérément à retouver le chemin de ses origines. C'est au milieu d'une forêt peuplée d'animaux sauvages que cette âme assoiffée va découvrir sa source d'eau claire.

Mais la divine surprise est que cette forêt à première vue si inquiètante va se transformer après de multiples réflexions en un suave jardin qui comblera tous les sens de nos libertins.

Comme le dit la prêtresse Diotime, le dieu ne se mêle pas à l'homme, seul la nature démonique rend possible aux dieux d'avoir commerce avec les hommes. Celui qui est savant en ces matières est un homme démonique (un créateur ou démiurge), tandis que celui qui est savant en toute autre chose, qu'elle se rapporte à des arts ou à des métiers, n'est qu'un ouvrier !

Dans ses mémoires, Benvenuto Cellini raconte qu'après la fonte de la statue de Persée à Florence le bruit courut qu'il devait " être le diable en personne et non un homme car j'avais réussi des choses impossibles dans ce métier et bien d'autre prodiges qui dépassaient les possibilités d'un démon ordinaire ". Détail du socle de la statue de Persée à Florence, avec Jupiter au centre, par Benvenuto Cellini.
Indéniablement avec le Songe de Polophile nous sommes devant une oeuvre très savante concernant des sujets comme la géométrie et l'architecture. L'auteur semble aussi avoir une connaissance très appuyée de l'astrologie. Jacques Gohory y voit des références à l'alchimie. Mais ce qui caractérise cette oeuvre, c'est son double visage comme dans cette danse des masques.

Sous les apparences d'une esthétique civilisationnelle de l'humanisme de la Renaissance se cache en réalité une initiation vers le royaume de Lucifer. Mais un Lucifer qui aurait pris des traits rassurants, derrière un masque ... comme celui de Jupiter !
Voilà ce qu'est le Songe de poliphile, une plongée dans le monde envoutant d'une forêt obscure des gnostiques où foisonnent les bêtes à cornes pour devenir le dieu Luciférien d'Asclepius, à l'image du Jupiter qui trône sur le plafond de la chambre de la duchesse d'Etampes à Fontainebleau.

Dernier détail croustillant, on remarque que dans la première version du Songe de Poliphile imprimée en 1499 à Venise, l'enfer est vide.

Le diable aurait-il pris à Venise, le masque d'un moine dominicain ? On pourrait peut-être le croire, si l'histoire écrite par Matteo Bandello (1485-1561), à propos d'un certain moine dominicain de Venise nommé Francesco, qui fut si amoureux d'une jeune demoiselle, qu'il tua son imbécile d'amant et mutila à mort sa belle et infidèle maîtresse, pouvait se rapporter à l'auteur du Songe de Poliphile. Dans cette nouvelle, le moine dominicain Francesco, frère conventuel de San Dominico, exerçait la grammaire auprès des petits-enfants du Doge de Venise Andrea Gritti, un coureur de jupons notoire et un grand ami de Louise de Savoie et de son fils François Ier.
Conclusion
Du point de vue de la France, on pourrait dire que le franc-maçon Étienne Morin est un traître. Mais si on se place du point de vue de l'histoire, on ne peut s'empêcher de lui donner raison. Si aux États-Unis, on ne parle pas français, c'est fondamentalement parce que des hommes comme Étienne Morin ont choisi au XVIIIe siècle la voie du libéralisme et du parlementarisme porté par la culture anglo-saxonne de cette époque.
Dans les colonies françaises, le comte d'Estaing, gouverneur de Saint-Domingue, dans une lettre adressée au duc de Choiseul, le 2 mars 1766, faisait cette amère constatation : nombre de planteurs dans les îles françaises s'affirmaient résolument anglophiles, il y avait des cas fréquents de redditions, de trahisons et d'appels aux Anglais.
Comment expliquer ce rejet de la mère-patrie. Il est à craindre que la réponse soit directement liée au comportement de l'élite française. Des chevaliers français imbus de leurs quartiers de noblesse et qui cultivent un art de vivre complètement dévoyé dont on commence à comprendre qu'il est la conséquence de croyances peu avouables. Le tableau du grand prieur du Temple de Paris, Philippe de Vendôme, résume bien la mentalité de ces Supérieurs Inconnus. À la fin de sa vie, Philippe de Vendôme, chevalier de Malte et templier, fait ses " adieux aux armes ", aussi bien à sa carrière militaire, avec son épée suspendue à l'arbre, qu'aux plaisirs des nymphes, qui dansent derrière lui. Il ne reste plus qu'à cet initié, symbole de la rotonde en arrière plan, la compagnie de son chien et de la lecture, livre ouvert. Ce qui manque dans ce tableau c'est une bouteille de vin, car le grand prieur finira sa vie en ivrogne invétéré.
Pourtant des alertes avaient déjà été données. Le 16 octobre 1548, le chevalier de Malte Nicolas Durand de Villegagnon dénonce les galériens français qui ont " une croix rouge (anglaise) comme une blanche (française) dedans le cueur ". Quand le grand prieur du Temple de Paris, François de Lorraine, réunit une flotte de galères en 1560, pour consolider le pouvoir de sa soeur Marie de Guise en Écosse, il devra faire face à une mutinerie dirigée par François de Coligny d'Andelot qui sera suivie par de nombreux capitaines.
Le libertinage des chevaliers français n'incite guère les soldats à mourir pour eux. La France va perdre son influence aux Amériques parce que ses moeurs et ses croyances sont devenues néfastes à l'humanité.La civilisation anglo-saxonne aux XVIIIe siecle semble nettement plus attrayante pour tous ceux qui rêvaient d'un monde nouveau, ce qui sera confirmé par la glorieuse révolution américaine où les Français auront l'occasion de se racheter.
À bien y réfléchir, quand dans la légende du grade maçonnique du chevalier Kadosh, les Anglais opposaient farouchement les chevaliers de Malte corrompus par la gnose, aux Templiers, au final ils rendaient un grand service à ces derniers. Même si l'on peut toujours alléguer une tradition gnostique au sein de l'ordre des Templiers, les chevaliers du Temple ne méritaient pas une telle déchéance et il est triste de constater que le grand prieuré du Temple de Paris, ces supposés supérieurs inconnus, ne furent pas à la hauteur de leur héritage. Au final, le grand maître de l'ordre de Malte et franc-maçon Emmanuel de Rohen-Polduc le préssentait quand il écrit le 6 juillet 1786 : " Nous avons la morgue des anciens Templiers, avec une avidité qui nous mènera à la fin comme eux ".
Article en préparation par Jean-Pierre Schmit
1. " Le prieur du prieuré de France de l'Hôpital s'installa, à partir de 1350, au Temple de Paris et s'intitula prieur du Temple ". Demurger Alain ; Chevaliers du Christ les ordres religieux- militaires au Moyen Âge XIe - XVIe; Édition du Seuil; Paris, 2002; p 225.
2.Busson Jean-Pierre; Suffren et ses amis d'après sa correspondance; revue historique des armées, année 1983 [153] p 43.
3. Mollier Pierre; La Chevalerie maçonnique franc-maçonnerie, imaginaire chevaleresque et légende templière au siècle des lumières; Préface de Roger Dachez Président de l'Institut Maçonnique de France ; col Renaissance Traditionnelle, Édition Dervy, Paris 2022, p 189
4. Ibid. p 191
5. Les chevaliers de Malte, au nom de la France, ont conduit deux tentatives de restauration de la dynastie écossaise et catholique des Stuart sur le trône d'Angleterre; celle de 1690 en Irlande; et celle de 1745 en Écosse. Pour celle de 1715, le traité d'Utrecht signé en 1713 entre la France et l'Angleterre les empéchaient d'intervenir directement. L'implication des chevaliers de Malte dans la tentative de restauration de 1715 à laquelle participe le chevalier de Ramsay, est donc plus difficile à établir. Ce qui paraît de plus en plus probable est que ce sont les Écossais qui ont initié les chevaliers de Malte à la franc-maçonnerie et que ce sont les chevaliers de Malte au service de la France qui ont initié la franc-maçonnerie écossaise aux grades templiers.
6. Mollier Pierre; La chevalerie maçonnique, op.cit. p 189
7. Cadet de Gassicourt Charles-Louis; Le Tombeau de Jacques Molai ou Histoire secrète et abrégée des initiés, anciens et modernes des Templiers, Francs-maçons, illuminés, etc; chez Desenne, seconde édition, Paris, 1795. p 22. Gallica ; Bibliothèque Nationale de France.
8. Le fils de l'amiral, Alexandre François Auguste comte de Grasse, marquis de Tilly ( 1765-1845), admis dans la société des Cincinnati, jouera un rôle central dans l'implantation en France, 1804, et en Europe continentale, du rite écossais ancien et accepté, fondé le 31 mai 1801 à Charleston, États-Unis. Le REAA est un Rite maçonnique en 33 degrés, l'un des plus pratiqué au monde. Le chevalier Kadosch version Étienne Morin et Henry Andrew Francken y figure au 30e degré.
9. En 1942 le général de Gaulle qualifie l'alliance Franco-écossaise de "plus vielle alliance du monde".
10. Après son abdication contrainte le 24 juillet 1567 en faveur de son fils Jacques VI, âgé d'un an, alors que Marie Stuart est emprisonnée au château de Lochleven, elle prend le soin de réserver pour le tout jeune roi d'Écosse certains effets personnels de son grand oncle, François de Lorraine, grand prieur de France. Par l'intermédiaire de son valet, Servais de Condé, elle confie ces précieux effets à Jacques de Sandilands l'ancien précepteur hospitalier de Porphichen. Ils furent déposés dans la chambre de Sandilands au palais de Holyrood, puis lors d'une alerte à la peste dans le quartier de Canongate, transférés à la maison de Sandilands dans l'ancienne commanderie hospitalière de Porphichen. En mars 1569, la famille Hamilton enlève Jacques de Sandilands et surtout le dépouille des effets du grand prieur réservés au roi. Ce sont les troupes du jeunes roi Jacques VI qui récupéreront ces biens qui seront déposés à l'abbaye de Holyrood. Parmi les biens royaux, de nombreux livres selon un témoin de l'interrogatoire mené par le Conseil privé d'Écosse et le régent protestant Jacques douglas 4e comte de Morton, en 1573.
11. Pendant la Rough Wooing, quand en 1548 il fallut exfiltrer la jeune Marie Stuart, alors que la capitale du royaume d'Écosse, Édimbourg, est occupée par les anglais, c'est à des chevaliers de Malte que la France confie les opérations militaires. La flotte française est aux ordres du prieur de Capoue et général des galères Leone Strozzi.

Les quatre galères royales qui doivent enlever Marie Stuart sont dirigées par le chevalier de Malte Nicolas Durand de Villegagnon, assisté de Jean Parisot de la Valette qui deviendra grand maître de l'ordre de Malte en 1557.

12. En 1583, le grand prieur du Temple de Paris, Henri d'Angoulême (1573-1586) est un franco-écossais. Il est le fils naturel du roi de France Henri II et de sa maîtresse écossaise Jane Stuart. Le grand prieur sera élevé en Écosse jusqu'à l'âge de 9 ans.

13. On remarque qu'avant d'être des protecteurs de la commanderie templière de Montsaunès créée vers les années 1156, les seigneurs de Montpezat ont fondé en 1136 l'abbaye cistercienne de Bonnefont, fille de Morimond, choisie par les comtes du Comminges pour s'y faire inhumer.

14. Les Templiers n'ont jamais été accusés, pendant leur procès, de sacrifier des enfants, en revanche Michel de Castelnau est au service de la reine Catherine de Médicis qui sera accusée par la rumeur publique d'avoir organisée une messe noire, le 28 mai 1574, avec le sacrifice d'un enfant pour tenter de sauver son fils le roi de France Charles IX décédé le 30 mai 1574 à l'âge de 23 ans.

15. Les mémoires de messire Michel de Castelnau, seigneur de Mauvissière et de Concressaut, baron de Jonville, chevalier de l'ordre de roy, conseiller en son conseil privé et d'Estat, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, gouverneur de la ville et chasteau de S.Dizier, ambassadeur pour Sa Majesté en Angleterre. Ausquelles sont traictées les choses plus remarquables qu'il a veuës et negotiées en France, Angleterre, et Escosse, soubs les rois François II et Charles IX tant en temps de paix qu'en temps de Guerre. A Paris, chez Samuel Thiboust, au Palais, en la gallerie des prisonniers M.DC.XXI. Avec privilege de Roy. 1621; p 14. Gallica ; Bibliothèque National de France.
16. Frances A.Yates; L'art de la mémoire ; traduit de l'anglais par Daniel Arasse; Édition Gallimard; 1975; chapitre IX; pp 215-249.
17. Lupold von Wedel raconte :" que Fowler était un favori du roi pour lui avoir enseigné l'art de la mémoire" dans: Voyage à travers l'Angleterre et l'Écosse effectué par Lupold von Wedel dans les années 1584 et 1585; dans transaction of the Royal Historical Society,vol. 9 (Londres, 1895), ( trad ) Gottfied von Bülow, pp 223-270.
18. Lambros Couloubaritsis ; La Complexité de la Franc-Maçonnerie, approche historique et Philosophique; Éditions OUSIA; 2018; p 35.
19. Lettre de la Grande Maîtresse des Francs-Maçon à George Faulkner, imprimeur; attribué à Jonathan Swift; The Skirret.




























